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Budget 2026 de l’Eure: quand l’essentiel devient une règle de choix

Le budget 2026 de l’Eure réduit l’investissement et resserre les aides autour de la santé, de la sécurité et de la ruralité.

Illustration - Budget départemental de l’Eure

Dans l’Eure, le budget 2026 ne promet pas de tout maintenir. Il assume un tri. Le Département garde ses dépenses de fonctionnement autour de 547,6 millions d’euros, mais réduit l’investissement à 138,9 millions d’euros, soit 8,6 % de moins qu’en 2025. La priorité affichée tient en trois mots: santé, sécurité, ruralité.

Ce recentrage n’est pas seulement un slogan. Il dit où le Département veut encore concentrer ses marges: les solidarités, les routes, les secours, l’accès aux soins, les collèges, les aides aux communes. Il dit aussi, plus discrètement, que d’autres politiques devront absorber une baisse, attendre ou sortir du premier cercle.

La pression est connue, mais elle se durcit. Comme les autres départements, l’Eure finance des dépenses sociales qui progressent, pendant que certaines recettes deviennent plus incertaines, notamment celles liées aux ventes immobilières. Au niveau national, les dépenses sociales représentent environ 69 % des charges de fonctionnement des départements. Dans l’Eure, le Département indique que l’insertion, l’autonomie, la protection de l’enfance et le handicap dépassent déjà 70 % des dépenses de fonctionnement.

Le débat budgétaire commence donc moins sur les intentions que sur les priorités: quels services tenir, quels projets ralentir, quelles aides rendre plus sélectives.

La santé en est l’exemple le plus direct. L’Eure reste un territoire où l’accès au médecin est fragile. Selon le zonage 2025 de l’Agence régionale de santé de Normandie, 79,5 % des Eurois vivent dans une zone éligible aux aides à l’installation de médecins généralistes. Le budget met donc en avant les centres de santé Doct’EURE, les unités mobiles, la télémédecine, l’aide aux internes et le soutien à l’installation. Ce ne sont pas des annonces spectaculaires. Ce sont des réponses de terrain: ouvrir des créneaux, déplacer une consultation, aider un médecin à s’installer.

La ruralité donne au budget son deuxième test. En Normandie, l’Eure se distingue par la place de ses communes rurales: 62 % de la population y vit, selon l’Insee. Le Département relance “Mon Village, Mon Amour”, son aide aux communes, avec une enveloppe de 5 millions d’euros. Mais les règles sont plus serrées: un seul dossier par commune et une aide ordinaire de 10 % pour les projets entrant dans les priorités, comme la santé, le patrimoine, la reconversion de friches, la vidéoprotection ou l’urgence.

Pour les maires, le message est simple: l’aide départementale reste là, mais elle devient plus sélective. Les projets devront davantage prouver leur utilité immédiate.

La sécurité, enfin, ne se limite pas à la vidéosurveillance. Dans un budget départemental, elle passe aussi par les routes, les centres de secours, les bâtiments publics, les collèges et la prévention des accidents. Le Département cite la sécurité routière, la vidéoprotection et les moyens du service d’incendie et de secours parmi ses priorités. Là encore, le sujet est moins abstrait qu’il n’y paraît: une route entretenue, un carrefour sécurisé, un équipement de secours renouvelé, ce sont des choix budgétaires avant d’être des faits divers évités.

Le revers existe. Le Département annonce une baisse progressive de 100 postes d’ici 2030, une optimisation de son parc automobile, une baisse de 10 % pour les clubs sportifs de haut niveau et certains partenaires culturels, une baisse de 32 % pour les structures d’insertion, une réduction de moitié de la subvention au conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, ainsi que l’arrêt de certains dispositifs comme le plan frelons ou le journal papier Deux Sept.

C’est là que le mot “essentiel” devient vraiment politique. Il protège certains services, mais il expose aussi ceux qui passent derrière. Le budget 2026 ne règle pas la tension entre besoins sociaux, services ruraux et finances publiques. Il rend cette tension plus visible.

Le choix du Département peut se défendre s’il produit des effets concrets: plus de présence médicale là où l’offre manque, des communes aidées sur leurs projets utiles, des routes et des secours maintenus au bon niveau. Ce sera le vrai critère. Pas la qualité de la formule budgétaire, mais ce que les habitants verront changer près de chez eux.