La déviation sud-ouest d’Évreux n’avance plus seulement au rythme des terrassements, des ouvrages d’art et des reports de calendrier. Elle entre aussi dans une phase de contrôle environnemental au long cours. Un avis de marché public publié le 25 avril au Bulletin officiel des annonces des marchés publics prévoit 48 mois de suivi de la qualité des eaux de l’Iton, avec des mesures sur l’eau, les sédiments, les invertébrés et les poissons. Les offres sont attendues jusqu’au 4 juin 2026.
Ce marché ne dit pas que l’Iton est pollué. Il dit autre chose, plus précis: un chantier routier de cette taille doit documenter ses effets, pendant plusieurs années, sur un milieu qui ne se résume pas à un obstacle à franchir. La déviation doit relier le giratoire des Fayaux au secteur de Cambolle sur 7,3 km à deux fois deux voies, en traversant six communes. Le projet comprend 16 ouvrages d’art, dont certains doivent assurer le bon écoulement des eaux, et cinq bassins de récupération et de traitement des eaux de ruissellement.
L’Iton est ici un point sensible. Dans le secteur concerné, la route doit franchir sa vallée au sud de l’hippodrome. Le cours d’eau se divise en trois bras, avec des zones humides à proximité. Le projet jouxte aussi les captages de Chenappeville, source importante d’eau potable pour l’agglomération d’Évreux. Les mesures déjà annoncées pour protéger cette ressource incluent le suivi de la turbidité de l’eau distribuée, l’étanchéité des bassins d’assainissement et le traitement des eaux de chantier par des dispositifs comme des filtres à paille.
Le choix de suivre les sédiments, les invertébrés et les poissons donne au marché une portée plus sérieuse qu’une simple analyse d’eau ponctuelle. Les eaux de ruissellement routier peuvent transporter des matières issues de l’usure des pneus, des chaussées et des véhicules; une partie importante de cette pollution se fixe sur les matières en suspension, puis peut se retrouver dans les sédiments. Pour lire l’état réel d’un cours d’eau, les indicateurs biologiques comptent aussi: l’évaluation écologique repose notamment sur les éléments vivants présents dans le milieu, pas seulement sur une photographie chimique prise un jour donné.
Cette surveillance s’inscrit dans un dossier déjà encadré et contesté. En mars 2024, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours d’Évreux Nature Environnement contre l’autorisation environnementale de la seconde section de la déviation. Il a notamment relevé que l’autorisation intégrait des mesures destinées à prévenir, réduire et compenser les risques portant sur l’eau de l’Iton, les zones humides, les eaux souterraines, le bruit, l’air, les espaces forestiers et la biodiversité.
Reste le calendrier. La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Normandie indiquait en décembre 2025 que les travaux se poursuivaient, mais qu’un problème géotechnique sur le franchissement du bras du Gors avait imposé des études complémentaires. Le redémarrage était alors envisagé au deuxième trimestre 2026, pour un achèvement de cet ouvrage fin 2028, et une mise en service globale désormais attendue en 2029 ou 2030.
Le suivi de l’Iton ne réglera pas à lui seul les débats sur l’utilité de la déviation, son coût ou ses effets sur les milieux traversés. Mais il fixe une exigence claire: après les autorisations et les promesses, il faudra des mesures, des séries de données et des résultats vérifiables. Pour un grand chantier public, c’est une contrainte. Pour les habitants et les communes concernées, c’est un levier de suivi.