La fusée Maia n’a pas encore décollé, mais elle a déjà un client. MaiaSpace et Eutelsat ont signé un accord de plusieurs lancements pour des satellites OneWeb en orbite basse, avec des vols prévus à partir de 2027. Pour cette filiale d’ArianeGroup créée en 2022, c’est un cap net : le lanceur ne se résume plus à un programme de développement, il entre dans une logique commerciale.
Le choix d’Eutelsat n’est pas anecdotique. Sa constellation OneWeb compte plus de 600 satellites placés à environ 1 200 kilomètres d’altitude, pour fournir de l’internet à faible latence sur terre, en mer et dans les airs. En janvier, l’opérateur a aussi commandé 340 nouveaux satellites à Airbus, après une première tranche de 100 en 2024. Il ne lui faut donc pas seulement des satellites. Il lui faut des lancements réguliers, disponibles et fiables.
C’est là que Vernon devient plus qu’un décor industriel. MaiaSpace y assemble et teste déjà son lanceur dans sa Proto-Factory. En septembre 2025, l’entreprise y a réalisé un essai d’assemblage grandeur réelle sur une fusée de plus de 50 mètres de haut et 3,5 mètres de diamètre. La future MaiaFactory, également prévue à Vernon, doit prendre le relais au second semestre 2027 pour soutenir, à terme, environ 20 lancements par an au début de la prochaine décennie.
L’usine annoncée représente 10 000 m² et doit créer 160 emplois directs supplémentaires. Pour l’Eure, l’intérêt est concret : des ingénieurs, des techniciens, de l’assemblage, des essais, de la logistique, des métiers de production et de possibles sous-traitants. Le spatial reste souvent raconté depuis Paris, Toulouse, Kourou ou les grands sommets européens. Ici, une partie du sujet se joue dans une ville industrielle normande, avec une usine, des prototypes et un calendrier.
La concurrence, elle, fixe le niveau d’exigence. SpaceX domine désormais une grande partie du marché mondial des lancements, tandis que l’Europe cherche encore à retrouver de la cadence. L’Agence spatiale européenne demande d’ailleurs aux candidats de son European Launcher Challenge de réussir un lancement orbital au plus tard en 2027. MaiaSpace fait partie de cette nouvelle génération d’acteurs européens qui doivent prouver vite, et pas seulement promettre.
L’accord avec Eutelsat ne garantit pas le succès de Maia. Il change plutôt la question posée au projet. À Vernon, il ne s’agit plus seulement de savoir si l’Europe peut concevoir un petit lanceur réutilisable. Il s’agit de savoir si elle peut le produire, le vendre, le lancer régulièrement et en faire une vraie capacité industrielle. C’est beaucoup plus intéressant qu’un simple effet d’annonce.