Article

Marchés de fin avril dans l’Eure: ce qui est encore prenable, et ce qui ne l’est déjà plus

Cantine, eau, fouilles: les marchés publiés fin avril dans l’Eure n’offrent pas tous les mêmes chances aux entreprises locales.

Marchés publics locaux en Normandie

Marchés de fin avril dans l’Eure: ce qui est encore prenable, et ce qui ne l’est déjà plus

Dans l’Eure, les avis publiés ces derniers jours ne racontent pas tous la même chose. À Bourg-Achard, le marché de restauration scolaire des Petits Gourmets reste ouvert jusqu’au 29 mai. Au Syndicat d’eau du Roumois et du Plateau du Neubourg, le remplacement de membranes d’ultrafiltration est ouvert jusqu’au 8 juin. À Bourneville-Sainte-Croix, les fouilles archéologiques ont été relancées par un avis rectificatif avec une date repoussée au 18 mai. À Saint-André-de-l’Eure, en revanche, il n’y a plus rien à candidater sur les lots publiés le 21 avril: ils sont déjà attribués.

Ce tri compte, parce que l’accès réel des petites entreprises ne se joue pas dans les discours, mais dans la taille et la forme des contrats. En 2024, les petites et moyennes entreprises ont remporté 63 % des marchés du secteur public local en nombre, mais seulement 35 % des montants. Les avis eurois de fin avril collent exactement à cette mécanique. Bourg-Achard sort un accord-cadre de services, non alloti, estimé entre 750 000 et 950 000 euros hors taxe sur quatre mois. Le SERPN lance, lui aussi sans allotissement, un marché à 300 000 euros pour une opération technique très ciblée. À Bourneville, on monte à 950 000 euros sur un lot unique. Il y a donc bien de la place pour des acteurs du territoire, mais pas au même niveau, et pas toujours seuls.

Le dossier de Bourneville est le plus révélateur. Il porte sur des fouilles archéologiques préventives pour la future zone d’activités Saint-Georges, sur près de 57 960 m². On n’est pas dans une formalité annexe, mais dans une dépense qui conditionne directement le calendrier d’un projet économique. L’Institut national de recherches archéologiques préventives rappelle que moins de 8 % des projets d’aménagement font l’objet d’un diagnostic, et que moins de 2 % vont jusqu’à la fouille. Quand un territoire arrive à ce stade, cela veut dire que patrimoine, coût et planning des travaux se croisent de front.

Bourg-Achard et le SERPN ramènent la commande publique à des besoins beaucoup plus quotidiens. La cantine des Petits Gourmets fonctionne aujourd’hui avec des tarifs de 1 euro, 3,30 euros ou 3,80 euros selon le quotient familial. Le futur marché ne dit donc pas seulement qui cuisinera ou livrera, mais dans quelles conditions un service très concret continuera à tourner pour les familles. Du côté du SERPN, le chantier vise le skid 2 de la station des Varras, à Mauny. Le syndicat produit un peu plus de 5 millions de mètres cubes d’eau par an, pour 35 000 abonnés et 1 500 kilomètres de canalisations. Ce sont des dépenses discrètes, mais ce sont elles qui tiennent l’ordinaire debout.

Saint-André-de-l’Eure complète bien le tableau, justement parce que ce n’est plus une opportunité. L’avis du 21 avril est un avis de résultat. Le lot charpente bois a été attribué à BOMATEC pour 614 557,84 euros hors taxe, le lot couverture à JOLY pour 314 000 euros. Le projet, lui, reste structurant: la Banque des Territoires a accordé 2,16 millions d’euros pour un campus éducatif qui doit regrouper les classes élémentaires sur un seul site, accueillir 375 élèves dans 16 classes et réduire les déplacements des enfants à travers la ville. Dans l’Eure, l’argent public continue donc de sortir pour l’école, l’eau et l’aménagement. Mais pour les entreprises, la question reste beaucoup plus simple: quels marchés sont encore ouverts, et lesquels sont déjà partis.