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Dans l’ouest de l’Eure, planter des haies redevient une politique d’eau et de sols

Autour de Bernay, les haies bocagères reviennent comme outil concret contre le ruissellement, l’érosion des sols et les coulées de boue.

Illustration - haies et eau dans l’Eure

Dans l’ouest de l’Eure, planter des haies redevient une politique d’eau et de sols

L’Intercom Bernay Terres de Normandie a relancé jusqu’au 30 avril un marché de travaux pour planter des haies bocagères et réaliser des aménagements dits d’hydraulique douce. Le dossier ne donne pas encore le détail public des secteurs concernés, mais le signal est clair: dans le Bernayen, la haie est de nouveau traitée comme un outil utile contre le ruissellement, l’érosion et les coulées de boue, pas comme un simple élément de décor rural.

Le besoin est bien local. L’intercommunalité explique que son territoire fait face à trois types d’inondation, dont le ruissellement provoqué par l’érosion des sols et l’écoulement rapide des pluies. Elle a accéléré en 2024 l’entretien des fossés ruraux, avec 42 kilomètres traités, et prévoit encore des travaux de lutte contre les inondations en 2025 dans plusieurs communes. Ce que cela change est très concret: moins d’eau qui dévale d’un coup, moins de boue sur les routes, moins de terre agricole emportée vers l’aval.

Le marché publié cette semaine s’inscrit d’ailleurs dans une politique déjà engagée. Depuis 2022, l’Intercom mène un programme de recensement, de plantation et d’animation autour des haies. En 2022 et 2023, 500 mètres ont été plantés à Capelle-les-Grands et Saint-Agnan-de-Cernières. En 2024, l’opération s’est étendue à Notre-Dame-du-Hamel, Mesnil-Rousset, Mélicourt et Saint-Pierre-de-Cernières, avec 536 mètres supplémentaires financés par le Fonds vert. L’intercommunalité a aussi demandé un soutien régional pour pouvoir planter 1 kilomètre par an entre 2025 et 2028, avec un financement annoncé à 80 % si le dossier est retenu. On n’est donc plus dans le symbole printanier. On est dans une petite infrastructure qui commence à prendre de l’ampleur.

Le deuxième sujet, c’est la logique technique derrière ce retour du bocage. Dans le contrat de territoire Risle-Charentonne signé en octobre 2025, doté de 29,37 millions d’euros sur plus de cinq ans, 16 opérations sont prévues contre l’érosion et le ruissellement. Le programme prévoit sur la Charentonne et ses affluents une quinzaine d’interventions avec fossés enherbés, noues et haies, pour un investissement de 750 000 euros. L’objectif affiché est simple: réduire les volumes d’eau et de boue qui arrivent brutalement dans les rivières, tout en favorisant l’infiltration et la recharge des nappes en période sèche. Voilà ce que veut dire l’hydraulique douce quand on enlève le jargon: ralentir l’eau au lieu de la pousser toujours plus vite vers l’aval.

Ce choix local rejoint un mouvement plus large, avec un paradoxe normand. La Normandie reste une région de haies, avec 158 433 kilomètres et une densité moyenne de 53 mètres par hectare, contre 27 en France métropolitaine. Mais l’Eure est loin derrière, avec 19 mètres par hectare, très en dessous de la moyenne régionale. Dans le même temps, l’État vise un gain net de 50 000 kilomètres de haies d’ici 2030. Cette relance a une raison simple: l’Office français de la biodiversité rappelle que des haies bien placées, surtout perpendiculaires à la pente, freinent le ruissellement et limitent l’érosion des sols. Dans l’ouest de l’Eure, replanter des haies ne règle pas tout. Mais c’est une manière très concrète de remettre le paysage au service de l’eau et des sols.