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Dans Seine-Eure, semo met le guichet sur la route

L’Agglo Seine-Eure lance une agence mobile semo pour informer, orienter et aider aux réservations dans les communes éloignées des guichets.

Agence mobile sur un marché

À partir du 28 avril à Gaillon, pendant le marché, semo va faire circuler une agence mobile dans les communes de l’agglomération Seine-Eure. Le véhicule doit informer sur les lignes de bus, les transports scolaires, le transport à la demande, les vélos électriques en libre-service et les vélos longue durée. Il doit aussi aider pour les abonnements, les réservations et l’orientation dans le réseau. L’Agglo annonce jusqu’à dix passages par mois. L’agence embarquera aussi un atelier d’autoréparation pour les petites pannes de vélo.

Le changement est concret. Jusqu’ici, semo avait déjà une agence et une Maison du Vélo à Louviers, une boutique en ligne, une application et des titres par SMS. Mais dans un territoire de 60 communes, 102 892 habitants et plus de 512 km², encore faut-il savoir quel service choisir, comment réserver, où retirer un vélo ou à qui parler quand le trajet n’entre pas dans le cas simple. Le guichet mobile vise ce moment-là, celui où l’offre existe mais reste trop loin, trop floue ou trop compliquée pour être vraiment utilisée.

C’est un angle mort classique des territoires peu denses. En 2022, 84,3 % des actifs de Seine-Eure allaient travailler en voiture, contre 6 % en transports en commun. Et 88,6 % des ménages avaient au moins une voiture. Pourtant, le réseau n’est pas vide. semo s’appuie sur une ligne Chrono entre Louviers et Val-de-Reuil, une ligne Express entre Gaillon et Saint-Aubin-lès-Elbeuf, neuf lignes Connect, plus FLEXI, le transport à la demande pour les secteurs non desservis. Autrement dit, le problème n’est pas seulement de créer des services. C’est aussi de faire en sorte que les habitants s’en servent vraiment.

C’est là que le sujet dépasse la simple nouveauté locale. Dans les zones dispersées, les spécialistes des mobilités recommandent depuis des années des dispositifs plus souples, plus proches du terrain, moins calqués sur les grands réseaux urbains. Le transport à la demande en fait partie. Le guichet mobile répond à un autre besoin du même ordre: expliquer, accompagner, débloquer. Pour un habitant, cela peut vouloir dire réserver enfin un FLEXI, comprendre une correspondance, récupérer un vélo réservé à l’avance ou régler une petite panne sans devoir traverser le territoire.

Il y a aussi une raison très simple de ne pas tout renvoyer au numérique. En France, 34 % des 16-74 ans n’utilisent pas Internet ou n’ont pas les bases dans au moins un domaine essentiel des compétences numériques. Chez les 75 ans ou plus, la part monte à 82 %. Dans ces conditions, une appli et une boutique en ligne ne suffisent pas. Quand un agent vient sur un marché ou dans un bourg, le service public redevient un peu plus praticable pour ceux qui restent facilement à l’écart, qu’ils soient éloignés géographiquement, peu à l’aise en ligne, ou simplement perdus devant une offre trop morcelée.

Le vrai jugement viendra vite. Si cette agence mobile permet de faire sur place ce que beaucoup remettaient à plus tard, elle rendra le réseau plus utile sans refaire toute la carte des lignes. Et dans un territoire encore très dépendant de la voiture, ce n’est pas un détail. Parfois, améliorer la mobilité commence moins par ajouter un véhicule que par rendre le service enfin atteignable.