Monet, dans l’Eure, ne doit plus être un simple arrêt à Giverny
Le centenaire Monet peut vite tourner à la célébration automatique. L’Eure essaie autre chose. Le Département a lancé le 10 avril son programme “Monet, Monet, Monet” et le musée des impressionnismes Giverny présente jusqu’au 5 juillet “Avant les nymphéas. Monet découvre Giverny, 1883-1890”, une exposition d’une trentaine d’œuvres qui ramène sur place des tableaux venus de collections internationales, dont Fukushima et Saitama. L’enjeu n’est pas seulement de faire venir du monde devant un nom célèbre. Il est de transformer cet héritage en parcours, en visites supplémentaires, en arrêts réels dans le territoire.
Car le problème de l’Eure n’est pas d’abord l’attraction. Monet attire déjà. Selon Normandie Tourisme, douze sites majeurs liés au peintre génèrent plus de 6 millions de visites par an. En 2024, la Destination impressionniste a compté 7 434 665 visites sur 37 sites suivis, avec une hausse de 7,1 % entre 2019 et 2024 sur les 24 sites les plus directement liés à l’impressionnisme. À Giverny, la maison et les jardins de Claude Monet se présentent comme le deuxième site touristique le plus fréquenté de Normandie et avaient accueilli 717 271 visiteurs en 2019. La question n’est donc plus de savoir si Monet fait venir. Elle est de savoir ce que ces visiteurs font ensuite.
C’est là que le programme 2026 devient intéressant. Le Département ne se contente pas d’annoncer l’exposition du musée. Il pousse des haltes ailleurs et autrement : une exposition aux Archives de l’Eure jusqu’au 3 juillet, une journée familiale gratuite à Léry-Poses le 23 mai, un spectacle de Cai Guo-Qiang sur les bords de Seine à Vernon le 31 mai, un festival photo à Martagny durant l’été, puis à l’automne cinq lieux investis par des artistes contemporains à Vernon et Giverny. Vu d’en haut, cela ressemble à une programmation culturelle. Vu de plus près, c’est une tentative de sortir Monet du face-à-face entre la maison, les jardins et la boutique de souvenirs.
Le plus concret est peut-être ailleurs, dans la mécanique touristique qui se met en place autour du centenaire. Normandie Tourisme travaille sur six parcours en mobilités décarbonées construits autour de Monet, avec des musées, des paysages, des hébergements, des restaurants et des activités accessibles sans voiture. En parallèle, un appel à projets “Monet Gourmet 2026” vise explicitement les restaurateurs, offices de tourisme, sites de visite, associations et collectivités pour créer des expériences liées à la table, aux balades gustatives et aux menus inspirés de l’univers impressionniste. Autrement dit, le sujet n’est pas seulement culturel. Il touche aussi aux nuits passées sur place, aux repas pris ailleurs qu’à la va-vite, et à la capacité de Vernon et du secteur est de l’Eure à capter une part plus large de la visite.
Le vrai bilan du centenaire se lira donc assez simplement. Si 2026 ajoute seulement une file d’attente de plus devant la maison rose, l’opération sera surtout symbolique. Si elle envoie davantage de visiteurs vers Vernon, un second billet de musée, un déjeuner, une nuit sur place ou une autre étape dans l’Eure impressionniste, alors le département aura réussi quelque chose de plus utile qu’un hommage bien emballé. Il aura commencé à convertir Monet en économie locale un peu moins concentrée.