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À Évreux, le schéma cyclable sera jugé sur ses continuités réelles

Évreux Portes de Normandie ouvre une concertation sur son schéma cyclable. L’enjeu est de relier enfin communes, gare, écoles et zones d’emploi par des trajets sûrs.

Illustration d’un réseau cyclable

À Évreux, le futur schéma cyclable sera jugé sur une question simple: pourra-t-on enfin faire à vélo des trajets utiles, continus et sûrs dans l’agglomération ?

La concertation ouverte par Évreux Portes de Normandie court jusqu’au 21 juin 2026. La collectivité met déjà en avant deux grands axes, l’un du nord au sud entre Normanville et Guichainville, l’autre d’est en ouest entre Saint-Sébastien-de-Morsent, Arnières-sur-Iton et la base de loisirs. Le sujet n’est donc pas de saupoudrer quelques aménagements de plus. Le sujet est de savoir quelles liaisons l’agglo veut rendre réellement praticables au quotidien.

Le territoire ne part pas de rien. EPN met en avant un passage de 33 à 80 kilomètres d’itinéraires cyclables entre 2019 et 2025, ainsi que 300 vélos électriques proposés à la location longue durée. Mais le Baromètre vélo 2025 classe encore Évreux à 2,68 sur 6, en catégorie F. La photo est assez nette: il existe déjà des morceaux de réseau et des services, mais pas encore un ensemble assez clair et assez sûr pour faire basculer largement les usages.

C’est d’autant plus visible que l’agglomération reste très dépendante de la voiture. En 2022, 80,5 % des actifs d’Évreux Portes de Normandie allaient travailler en voiture, contre 1,6 % à vélo. Et 66,7 % travaillaient dans une autre commune que celle où ils vivent. Dans un territoire étalé, ce chiffre compte beaucoup. Le vrai enjeu n’est pas seulement de mieux circuler dans quelques rues d’Évreux, mais de relier des communes, des zones d’emploi, des établissements scolaires, des équipements et la gare. Tant que ces continuités manquent, le vélo reste un choix de motivés. Quand elles existent, il redevient une option ordinaire pour une partie des trajets.

Le potentiel, lui, est bien réel. Le Cerema rappelle qu’en France seuls 5 % des trajets de moins de 5 kilomètres sont effectués à vélo et que 60 % des déplacements domicile-travail de moins de 5 kilomètres se font encore en voiture. Le problème n’est donc pas seulement la distance. Il est souvent dans la rupture, l’insécurité, le détour absurde ou l’absence d’itinéraire lisible. Pour Évreux, cela plaide moins pour une collection de tronçons dispersés que pour quelques liaisons nettes et continues aux bons endroits.

Reste enfin le point décisif: un schéma ne construit rien à lui seul. L’Agence de la transition écologique rappelle qu’une politique vélo tient à la fois à la planification, aux aménagements, aux services et à la capacité de dégager un budget de mise en œuvre. Le document issu de cette concertation ne comptera donc que s’il tranche vraiment. À Évreux, cela veut dire désigner quelques continuités majeures, fixer un calendrier crédible et assumer les priorités. C’est à ce moment-là qu’un schéma cyclable cesse d’être une carte et commence à devenir une politique de déplacement.