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Dans le Roumois Seine, le PLUi entre en phase finale: ce que ce document peut encore changer pour construire, densifier ou préserver

Le PLUi du Roumois Seine entre en phase finale et va fixer où construire, densifier ou préserver, sur fond de réduction des terres consommées et de choix plus stricts sur l’activité.

Illustration - urbanisation et terres agricoles

Dans le Roumois Seine, le futur plan local d’urbanisme n’est plus un dossier pour initiés. C’est le texte qui dira, très concrètement, où l’on pourra encore construire, où il faudra bâtir davantage dans les secteurs déjà urbanisés, quels bourgs seront renforcés, et quelles activités le territoire veut vraiment accueillir. S’il revient dans l’actualité, c’est aussi parce que sa fin de parcours n’a rien d’une formalité: le marché lancé en 2021 a déjà pris du retard, puis la communauté de communes a dû abandonner une première procédure de finalisation en mars 2026 avant d’en relancer une autre. Le motif avancé est simple: la procédure choisie n’était pas la bonne au regard du montant global de l’opération.

Le fond est bien plus important que ce contretemps. Le territoire veut continuer à construire, mais autrement. Le projet politique présenté fin 2024 vise environ 2 000 à 2 200 logements supplémentaires, soit autour de 180 par an. Il ne s’agit donc pas de fermer la porte. En revanche, l’ordre des priorités change. D’abord utiliser les espaces encore disponibles dans les bourgs, remettre sur le marché des logements vacants, rénover des maisons anciennes souvent mal isolées, puis seulement ouvrir de nouvelles extensions si nécessaire. Et tous les villages ne seront pas traités de la même manière. Le document assume de renforcer d’abord Bourg-Achard, Grand-Bourgtheroulde, Le Thuit-de-l’Oison et Bourneville-Sainte-Croix, avec en arrière-plan l’arrivée du lycée à Bourg-Achard et celle du collège à Bourneville-Sainte-Croix.

Le point le plus concret, c’est la consommation de terres. Entre 2011 et 2021, le Roumois Seine a consommé 405 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers, dont 308 pour le logement et 64 pour l’économie. La nouvelle trajectoire est beaucoup plus serrée: l’enveloppe maximale pour 2021-2030 est ramenée à 128 hectares, soit une baisse de 52,1 %. Or 36 hectares ont déjà été consommés entre 2021 et 2023. À cela s’ajoutent 2 hectares de projets déjà engagés en 2024 et 43 hectares de projets encore en attente de démarrage. La conclusion est claire: le territoire n’est pas bloqué, mais il n’a plus beaucoup de marge pour continuer à s’étaler comme avant. D’autant que 67,3 % de sa surface est agricole. Ici, chaque extension prend d’abord sur des terres cultivées.

Cette contrainte oblige aussi à clarifier le modèle économique local. Le projet ne veut pas multiplier les entrepôts ni les zones commerciales de périphérie. Les élus écrivent noir sur blanc qu’ils veulent freiner les activités logistiques, jugées très consommatrices d’espace et peu créatrices d’emplois locaux. Même logique pour le commerce: pas de nouvelles zones commerciales en entrée de bourg ou le long des grands axes. Le choix affiché est de densifier ou réaménager l’existant, et de soutenir plutôt les commerces de proximité dans les centres. Le message est simple: le foncier est devenu trop précieux pour être gaspillé dans des formes d’aménagement qui vident les bourgs et rallongent encore les trajets du quotidien.

Ce virage local s’inscrit dans un mouvement plus large. En France, la loi fixe un cap de zéro artificialisation nette en 2050, autrement dit l’objectif de ne plus augmenter durablement les surfaces bétonnées ou goudronnées sans compenser. La première étape est déjà là: entre 2021 et 2031, les territoires doivent réduire de moitié leur consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers par rapport à la décennie précédente. L’Union européenne suit la même direction. Mais sur le terrain, le rattrapage reste difficile. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, la conversion nette de terres naturelles en surfaces artificielles a encore augmenté d’environ 32 % dans les villes et leurs couronnes entre 2012-2018 et 2018-2021. Le Roumois Seine se retrouve donc face à la même équation que beaucoup d’autres territoires: accueillir des habitants et des entreprises sans considérer les champs comme la réserve automatique du prochain projet.

C’est pour cela que ce plan comptera bien plus qu’un simple zonage. Il dira si le territoire arrive à garder des bourgs vivants, à loger sans trop s’étaler, à préserver ses terres agricoles tout en laissant encore de la place à l’activité. Le vrai choix est simple: continuer à se disperser, ou construire davantage là où le territoire vit déjà.