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Dans l’Eure rural, sécuriser un carrefour reste une vraie politique de mobilité

Un nouveau giratoire entre Goupil-Othon et Thibouville éclaire la vraie politique de mobilité de l’Eure: rendre les trajets ruraux plus sûrs et plus fluides.

Illustration - giratoire et route rurale

Dans l’Eure rural, sécuriser un carrefour reste une vraie politique de mobilité

Le Département de l’Eure cherche une entreprise pour aménager un giratoire et sécuriser un carrefour entre Goupil-Othon et Thibouville, sur la RD613. Les offres sont attendues jusqu’au 20 mai, pour un chantier prévu sur trois mois. Dit comme cela, le dossier paraît minuscule. Dans une bonne partie de l’Eure, il ne l’est pas. Un carrefour mal réglé peut suffire à compliquer les trajets vers le travail, l’école, les soins ou les courses.

Ce marché arrive dans un moment cohérent. Depuis le 9 février, l’Eure a remis ses routes départementales à 90 km/h sur près de 4 200 kilomètres, après des centaines d’études de sécurité, tout en maintenant ou en abaissant la vitesse sur les sections jugées plus sensibles. Le choix est clair: on relève la vitesse là où c’est tenable, et on corrige les points qui supportent mal le trafic, les croisements et les changements de direction. Sur la RD613, le Département finance déjà à Nassandres-sur-Risle un aménagement de tourne-à-gauche. Plus largement, le budget 2025 prévoit 1,05 million d’euros pour la sécurité hors agglomération sur les carrefours et 17,296 millions pour la modernisation et l’entretien du patrimoine routier. Ce n’est pas un détail de voirie. C’est une manière de tenir le réseau du quotidien.

Pourquoi ce type d’opération compte-t-il autant ici? Parce que l’Eure reste un département très motorisé. En 2022, 88,9 % des ménages avaient au moins une voiture, et 43,9 % en avaient deux ou plus. En Normandie, 84,2 % des actifs qui vont travailler utilisent la voiture. Seul un tiers de la population régionale vit dans une commune disposant d’une gare voyageurs. Dans ces conditions, la vraie question n’est pas seulement la vitesse. C’est de savoir comment rendre les trajets obligés moins risqués et moins pénibles là où la voiture reste, pour beaucoup, la seule option crédible.

Cela n’empêche pas d’autres réponses. L’Eure compte 28 aires de covoiturage et plus de 800 places. Mais là aussi, le terrain rappelle les limites du modèle: 99 % des usagers y arrivent en voiture, et la distance moyenne parcourue atteint 110 kilomètres, très au-dessus de la moyenne nationale. Le covoiturage aide, mais il ne remplace pas le réseau routier. Or ce réseau reste le plus exposé: en France, les routes hors agglomération concentrent 60 % des morts sur la route. Vu de loin, un giratoire entre Goupil-Othon et Thibouville peut sembler secondaire. Dans l’Eure, c’est exactement le type d’aménagement qui compte: celui qui rend les trajets ordinaires plus simples et les routes un peu moins dangereuses.