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À Évreux, le commerce de proximité n’est plus un supplément d’âme: c’est une politique urbaine

À Évreux, le soutien au commerce de proximité révèle une stratégie plus large pour maintenir un centre-ville utile, habité et fréquenté.

Illustration - rue commerçante en centre-ville

À Évreux, le commerce de proximité n’est plus un supplément d’âme. C’est devenu une politique urbaine. L’agglomération ne se contente pas de vanter les boutiques de centre-ville. Elle aligne des outils très concrets pour éviter que le coeur de ville se vide morceau par morceau: aides aux travaux, soutien au loyer, allègement de fiscalité locale, accompagnement des reprises, intervention possible sur les murs commerciaux. Le point de départ est simple: un centre-ville utile ne se maintient pas tout seul.

Le plus intéressant est que l’agglo met aussi le doigt sur le vrai problème. Dans sa propre communication, elle reconnaît que le commerce de proximité encaisse à la fois la poussée du commerce en ligne, les enseignes à bas prix, la seconde main, des loyers parfois trop élevés et la hausse des coûts. Elle note aussi qu’un centre plus fréquenté ne garantit pas mécaniquement plus de ventes. À Évreux, la fréquentation du centre-ville aurait augmenté de 19 % en trois ans. Tout l’enjeu est là: faire en sorte que ce passage devienne une activité économique réelle.

La boîte à outils existe bel et bien. Le dispositif ACTe peut financer jusqu’à 45 % de certains travaux de modernisation, de vitrine, d’accessibilité ou de sécurisation. L’agglo peut aussi verser jusqu’à 500 euros par mois d’aide au loyer pendant un an pour certains créateurs ou repreneurs, rembourser 50 % de la part intercommunale de la cotisation foncière des entreprises, et soutenir les commerces des petites communes. Ce n’est pas une solution miracle. Mais ce n’est pas de la figuration non plus. Dans certains cas, cela peut faire la différence entre un local vide de plus et une installation qui tient.

Le sujet dépasse d’ailleurs largement Évreux. En France, la vacance commerciale des centres-villes a atteint 14 % en 2024, contre 6 % en 2010. Cela ne raconte pas seulement une mauvaise passe locale. Cela montre que les centres ont changé de fonction. Les travaux de l’Agence nationale de la cohésion des territoires montrent qu’en 2024 les services sont devenus la première catégorie d’activités marchandes en centre-ville. Un centre ne peut donc plus être pensé comme une simple rue de shopping. Il doit redevenir un lieu où l’on vient pour acheter, manger, se soigner, régler des choses, croiser du monde, passer du temps.

C’est là qu’Évreux joue une carte plus solide qu’il n’y paraît. Le commerce tient mieux quand il y a des habitants au-dessus, des logements remis sur le marché, des rues praticables et de bonnes raisons de venir en centre-ville même sans intention d’achat. L’agglomération a lancé pour 2023-2028 deux opérations d’amélioration de l’habitat, dont une dédiée au centre-ville d’Évreux, avec plus de 8 millions d’euros d’aides et un objectif de 500 logements réhabilités. Elle relie elle-même cette politique au retour des logements vacants sur le marché, à la mobilité, à la requalification urbaine et au soutien au commerce de proximité. Le bon levier n’est donc pas seulement commercial. Il est aussi résidentiel et urbain.

Et cette logique ne s’arrête pas à l’hypercentre ébroïcien. L’agglomération prévoit aussi des aides pour les commerces des communes de moins de 3 000 habitants. L’exemple de Caugé le montre: après la liquidation du dernier commerce en 2021, un nouveau bar-brasserie y a rouvert début 2025 grâce à un travail commun entre la commune, la communauté d’agglomération et la Foncière de Normandie. Cela ne règle pas tout. Mais cela rappelle qu’un local vide n’est pas toujours une condamnation définitive. Parfois, c’est aussi une question d’outil, de portage et de timing.

Reste la vraie ligne de partage. Une collectivité peut aider à ouvrir. Elle ne peut pas fabriquer du pouvoir d’achat ni garantir la rentabilité de chaque boutique. Le test n’est donc pas de savoir si Évreux aime ses commerces. Le test est beaucoup plus concret: est-ce que la ville arrive à garder dans son centre des usages quotidiens, des services, des reprises et des raisons d’y venir souvent, pas seulement les jours d’animation. C’est moins séduisant que les grandes déclarations sur le commerce local. C’est aussi le seul test qui compte.