À Bernay, cinq sièges qui comptent vraiment dans le social local
Jusqu’au 29 avril à 17 heures, l’Intercom Bernay Terres de Normandie cherche cinq administrateurs issus de la société civile pour le conseil d’administration de son centre intercommunal d’action sociale. L’appel vise les associations actives dans l’insertion, la lutte contre l’exclusion, le handicap, le grand âge, ainsi que les personnes engagées dans l’animation, la prévention et le développement social. Les candidats ne doivent ni siéger au conseil communautaire, ni fournir de biens ou de services au centre.
Derrière cette procédure, l’enjeu est très concret. Le centre intercommunal d’action sociale n’est pas un bureau annexe. À Bernay Terres de Normandie, il intervient dans l’enfance et la jeunesse, l’autonomie, l’insertion et l’animation de la vie sociale. L’intercommunalité met aussi en avant, parmi ses services du quotidien, l’aide à domicile, Bulle d’air pour les aidants, la résidence autonomie, le chantier d’insertion, le centre social et le point justice. En 2025, le budget principal de l’intercommunalité prévoit pour ce centre une subvention d’équilibre pouvant aller jusqu’à 2,376 millions d’euros.
Ce n’est pas un détail de gouvernance. La loi prévoit justement qu’un centre communal ou intercommunal d’action sociale ne soit pas piloté seulement par des élus. Son conseil d’administration comprend des membres élus et des membres nommés en nombre égal, choisis parmi des personnes engagées dans des actions de prévention, d’animation ou de développement social. L’idée est simple: faire entrer dans la décision publique des gens qui voient les besoins avant qu’ils ne deviennent des dossiers.
Dans le cas de Bernay, cette ouverture tombe sur un territoire qui ne manque pas de sujets à traiter. L’intercommunalité regroupe 75 communes, 54 314 habitants et une densité de 59,2 habitants au km². Sa population recule légèrement. En 2024, elle a enregistré 414 naissances pour 704 décès. Son taux de pauvreté atteignait 13,2 % en 2021 et son taux de chômage 12,2 % en 2022. Dans un espace aussi dispersé, l’action sociale se joue moins dans les grands effets d’annonce que dans la capacité à tenir des services proches, repérer les décrochages et éviter que les habitants les plus fragiles se retrouvent seuls face aux démarches.
La pression la plus nette vient du vieillissement. Dans l’Eure, 162 000 habitants ont 60 ans ou plus, soit 27 % de la population. Les deux tiers vivent dans une commune rurale. Quarante-sept mille vivent seuls. Et parmi les seniors vivant seuls, le taux de pauvreté a grimpé à 16,1 % en 2022. À l’échelle nationale, la pauvreté touche 15,4 % de la population en 2023. Dans ce contexte, faire une place aux associations dans la gouvernance du social local n’a rien d’un geste décoratif. C’est une manière simple de faire remonter dans la décision ce que le terrain voit en premier: l’isolement, l’épuisement des aidants, les trous dans l’accompagnement et les besoins qui n’attendent pas la prochaine délibération.