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Dans l’est de l’Eure, un pont ralenti suffit à dérégler la journée

À Saint-Marcel et Courcelles-sur-Seine, deux chantiers rappellent à quel point les trajets ordinaires restent dépendants de quelques ponts dans l’est de l’Eure.

Ponts en travaux dans l’Eure

À Saint-Marcel, du 13 au 25 avril, le pont SNCF ne laissera passer les voitures que dans le sens Vernon vers Saint-Marcel. Dans l’autre sens, il faudra suivre une déviation. Plus au nord, à Courcelles-sur-Seine, le pont sur la Seine reste lui aussi sous contrainte, avec circulation alternée jusqu’à la fin d’un chantier lancé en mars 2025. Pris séparément, ce sont des travaux. Pris ensemble, ils montrent autre chose: dans l’est de l’Eure, quelques ouvrages très ordinaires suffisent à compliquer des trajets quotidiens.

Le vrai point faible du secteur, c’est la dépendance à la voiture. Dans Seine Normandie Agglomération, 75,1 % des actifs travaillent dans une autre commune que celle où ils vivent, et 76,2 % vont travailler en voiture, camion ou fourgonnette. À Évreux Portes de Normandie, 66,7 % des actifs sortent de leur commune et 80,5 % utilisent la voiture. Quand un pont ralentit, cela ne touche pas seulement l’heure de pointe. Cela décale des tournées d’artisans, des livraisons, des rendez-vous médicaux, des gardes d’enfants et une partie des trajets ordinaires entre communes.

Courcelles dit aussi autre chose: l’entretien des ponts coûte de plus en plus cher. L’ouvrage supporte environ 8 000 véhicules par jour. Le chantier est estimé à 4 millions d’euros et doit durer treize mois, avec circulation alternée et fermeture complète limitée à quelques nuits. À Saint-Marcel, la dernière phase de rénovation s’inscrit dans un programme engagé depuis 2024 pour 430 000 euros. Les collectivités paient pour maintenir ouverts des ouvrages anciens. Les usagers, eux, paient en temps perdu, en détours et en imprévisibilité.

L’Eure n’est pas un cas isolé. Le Département gère 4 214 kilomètres de routes départementales, 806 ouvrages d’art et une cellule spécialisée qui suit 700 ponts. Dans son budget 2025, il met en avant la surveillance des ouvrages, 17 millions d’euros pour les chaussées et 3,406 millions d’euros pour la programmation sur les ponts. À l’échelle du pays, l’établissement public Cerema a déjà recensé et évalué plus de 63 000 ouvrages communaux depuis 2021. Partout, le même constat remonte: les ponts vieillissent, leur remise à niveau coûte cher, et attendre trop longtemps finit par coûter plus encore.

Quand un franchissement ralentit à Saint-Marcel et qu’un autre reste sous contrainte à Courcelles, ce n’est donc pas un détail de voirie. Cela suffit à allonger les trajets, déplacer les horaires et compliquer le travail de ceux qui circulent tous les jours entre Vernon, Saint-Marcel et la vallée de la Seine. L’est de l’Eure fonctionne avec beaucoup de déplacements entre communes, beaucoup de voiture, et peu de solutions de repli quand un pont fatigue.