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Dans l’Eure, la voiture de service passe au contrôle serré

Deux marchés publics dans l’Eure montrent une bascule discrète mais concrète: les flottes publiques sont désormais pilotées par l’usage, le coût et les émissions.

Illustration de véhicules publics connectés

Dans l’Eure, la voiture de service n’est plus un simple véhicule. Le Département a attribué le 25 mars à Keematic un accord-cadre de télématique embarquée et d’autopartage sur sa flotte, après neuf offres reçues, avec un plafond de 1,4 million d’euros. Au même moment, Eure Normandie Numérique a lancé un marché de location longue durée avec entretien, assistance et véhicule de remplacement. Les deux dossiers racontent la même chose: les collectivités ne veulent plus seulement des véhicules. Elles veulent des kilomètres suivis, des coûts mesurés et des usages mieux répartis.

Dans l’Eure, ce n’est pas un sujet secondaire. En 2022, 83,6 % des actifs allaient travailler en voiture, camion ou fourgonnette, et 77,2 % travaillaient hors de leur commune de résidence. Dans un département aussi routier, les voitures de service restent indispensables pour les agents, les techniciens et les interventions de terrain. La télématique et l’autopartage ne servent donc pas d’abord à faire moderne. Ils servent à repérer les véhicules peu utilisés, les doublons, les trajets mal organisés et les coûts qui filent sans véritable suivi.

L’autre pression vient de la loi et du climat. En France, les transports restent le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre, avec 34 % des émissions en 2024. Et pour les collectivités qui gèrent plus de vingt véhicules, les renouvellements doivent désormais intégrer 40 % de véhicules à faibles émissions depuis 2025, puis 37,4 % de véhicules à très faibles émissions entre 2026 et 2029. Le verdissement des flottes publiques n’est donc plus un supplément d’âme. C’est une contrainte d’achat. Avant de remplacer, les acheteurs veulent savoir ce qui roule vraiment, combien cela coûte et quels usages peuvent être mutualisés.

Le cas d’Eure Normandie Numérique va dans le même sens. Le syndicat affiche 265 657 prises construites sur 267 000, soit 99 % du réseau public de fibre construit. Même un acteur public devenu central dans la fibre, les services numériques et l’accompagnement des communes se met donc, lui aussi, à serrer la gestion de sa flotte. Cela dit quelque chose de plus large sur les collectivités euroises: la voiture de service gérée à l’habitude recule. À sa place arrive une flotte suivie de près, poste par poste, avec une logique simple derrière le jargon: usage, entretien, partage, émissions.