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Santé, communes, investissements: ce que le Département de l’Eure choisit vraiment de tenir

Budget 2026, plan santé et aides aux communes: la séance du 10 avril éclaire les priorités concrètes du Département de l’Eure.

Mairie et maison de santé

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À l’ordre du jour de la séance du 10 avril, il y a bien plus qu’une suite de rapports. Le Conseil départemental doit examiner le budget primitif 2026, un règlement unique du plan Ambition Santé pour renforcer l’accès aux soins dans l’Eure, et un nouveau programme d’aides aux communes, MVMA+ pour « Mon Village, Mon Amour Plus ». Dit autrement, la collectivité met sur la table ses deux points de pression les plus visibles: le médecin qui manque et la commune qui n’arrive plus à sortir son projet.

Le cadre est déjà connu. En février, le Département a présenté ses orientations budgétaires 2026 autour de trois priorités, la santé, la sécurité et la ruralité, dans un contexte qu’il juge tendu pour l’ensemble des départements. L’exécutif rappelait alors que 19 départements avaient affiché une épargne nette négative en 2025. Ce n’est pas un détail de technicien: quand cette marge disparaît, une collectivité finance plus difficilement ses nouveaux investissements.

Sur la santé, l’Eure part de loin. Le rapport budgétaire départemental rappelle que le territoire ne compte que 59 médecins généralistes libéraux pour 100 000 habitants, ce qui le place au 94e rang sur 96 départements métropolitains. Le plan Ambition Santé a été voté en décembre 2022 et le Département y engage 2 millions d’euros par an. Sa logique est claire: financer des centres de santé, pousser la télémédecine, attirer les jeunes praticiens, préparer les installations et soutenir l’exercice coordonné. Fin 2025, la collectivité a même ajouté deux leviers très concrets: 400 euros par mois d’aide au logement pour jusqu’à 20 docteurs juniors en stage dans l’Eure, et 10 000 euros pour les généralistes qui s’engagent à y exercer cinq ans. Les centres Doct’Eure, eux, sont passés de 5 000 consultations en 2023 à 27 000 en 2024 puis 35 000 en 2025.

Le problème, évidemment, ne s’arrête pas à l’Eure. En France, l’accessibilité aux médecins généralistes a encore baissé en 2023, à 3,3 consultations par an et par habitant en moyenne. Et l’écart territorial continue de se creuser: les 10 % de la population les mieux servis ont accès à 5,6 consultations par an, contre 1,4 pour les 10 % les moins bien dotés. L’Eure n’invente donc pas une exception locale. Il concentre, de manière brutale, une difficulté nationale.

Cette difficulté est encore plus lourde dans un département qui vieillit. D’après l’Insee, l’Eure compte 162 000 habitants de 60 ans ou plus en 2022, soit 27 % de la population. Les deux tiers vivent dans une commune rurale et 47 000 vivent seuls. Là, le sujet cesse d’être abstrait. Quand l’offre médicale recule dans un territoire âgé, dispersé et très dépendant de la voiture, le problème n’est pas seulement de trouver un rendez-vous. Il devient plus simple de renoncer, de retarder, ou de décrocher.

Le dossier sur les communes répond à la même logique, côté mairies. Le nouveau dispositif MVMA+ arrive après plusieurs années de soutien départemental à des projets communaux. Le programme « Mon Village Mon Amour » a financé entre 2016 et 2024 pas moins de 331 projets, pour 4,8 millions d’euros de subventions et 22 millions d’euros de travaux, dans 143 communes. Le nouvel habillage compte moins que la question de fond: le Département veut-il encore aider les petites communes à faire, ou simplement à attendre? Car sans aide extérieure, beaucoup de projets locaux ne butent pas seulement sur le coût des travaux, mais sur l’ingénierie, les études, le montage financier et le temps humain nécessaire pour aller jusqu’au chantier. Le budget 2025 décrivait déjà cette fonction d’appui: aider les collectivités à formaliser leurs projets, identifier leurs besoins, chercher les leviers financiers et mobiliser des experts.

C’est cela que dit vraiment la séance du 10 avril. Le Département de l’Eure n’annonce pas un âge d’or. Il choisit les points où le retrait public se verrait tout de suite. Un territoire où l’on ne trouve plus de médecin devient plus fragile. Un territoire où les petites communes n’arrivent plus à lancer un projet devient plus inerte. Entre les deux, il y a la même bataille: garder de la prise sur le quotidien au lieu de laisser le territoire se vider par petits bouts.