Dans l’est de l’Eure, le vélo bute souvent sur le même problème: ce ne sont pas les longues distances qui bloquent, ce sont les morceaux manquants. L’agglomération Seine-Eure vient de lancer un marché de travaux pour créer un aménagement cyclable de 2,75 kilomètres entre Le Manoir-sur-Seine, Pîtres et Amfreville-sous-les-Monts. Sur le papier, c’est peu. En pratique, c’est exactement le type de liaison qui peut faire passer un trajet du “possible en théorie” au “oui, j’y vais à vélo”.
Le projet prévoit surtout une voie verte, complétée par une portion en voie partagée, sur un axe qui touche à la fois des villages habités, le barrage de Poses, les bords de Seine et des itinéraires déjà fréquentés par les cyclistes. Le secteur n’est pas isolé. Il se branche sur La Seine à Vélo, qui traverse l’Eure sur 120 kilomètres, et sur la Voie des Légendes vers Gisors. Mais un réseau cyclable vaut surtout par ses raccords. Tant qu’il manque quelques centaines de mètres sûrs entre deux segments, la voiture garde l’avantage, même pour des trajets très courts.
Dans l’Agglo Seine-Eure, plus d’un déplacement quotidien sur deux fait 3 kilomètres ou moins. Pourtant, le vélo ne représentait encore que 1,2 % des déplacements dans l’enquête ménages de 2017. Le vrai enjeu est là: relier proprement un bourg, un équipement, une digue, un pont, un itinéraire existant. Hors des grandes villes, le vélo progresse quand il devient simple, continu et assez sûr pour les trajets ordinaires, pas quand il se résume à quelques tronçons agréables mais disjoints.
Le dossier de Poses raconte aussi la réalité de ce genre de chantier. Même un petit aménagement cyclable doit composer avec les routes existantes, les chemins de randonnée, les zones humides, les milieux naturels et le risque d’inondation. Le projet s’appuie largement sur des voies déjà là, sans éclairage prévu, avec infiltration des eaux pluviales sur place et plantation de haies sur une partie du linéaire. Une portion du sentier de grande randonnée aujourd’hui exposée sur voirie doit aussi être sécurisée. Ce n’est pas une piste idéale tracée sur une page blanche. C’est un raccord concret dans un territoire contraint.
Il faut donc garder la tête froide. Le marché est lancé, pas le ruban coupé. La durée annoncée des travaux est de douze mois. Rien ne dit encore que ce tronçon suffira, à lui seul, à faire décoller le vélo sur ce secteur. Mais il met le doigt sur un point très simple, et très local: dans l’Eure, une alternative crédible à la voiture se joue souvent sur 2 ou 3 kilomètres. Tant que ces trous restent ouverts, le vélo reste secondaire. Quand ils se referment, il devient enfin banal.