Le nouveau marché lancé par Seine Normandie Agglomération ne porte pas sur un simple service d’accueil. Il montre que, sur la Seine, les croisières sont désormais une activité régulière, avec ses branchements électriques, ses autocars, ses horaires, ses flux de visiteurs et ses coûts. Les bornes sont en service à Vernon depuis 2023 et aux Andelys depuis 2024. L’agglomération veut maintenant se faire assister pour gérer l’exploitation touristique de ses quais jusqu’en 2028.
Les chiffres montrent que le sujet dépasse de loin la carte postale. En 2024, Vernon et Les Andelys ont cumulé 1 098 escales et 130 937 croisiéristes. Vernon a accueilli 616 touchées, Les Andelys 482. À elles deux, ces escales ont concentré plus d’un quart des arrêts recensés sur le bassin de la Seine. Pour l’est de l’Eure, ce n’est pas marginal. C’est un flux installé.
Mais un flux ne crée pas automatiquement de la richesse locale. C’est là que le dossier devient intéressant. Les passagers descendent à Vernon surtout pour Giverny et Monet. Aux Andelys, ils viennent d’abord pour Château Gaillard. Le bateau accoste ici, mais la dépense ne reste pas forcément ici. Une partie part vers les excursions, les transporteurs et les opérateurs, sans irriguer largement les centres-villes.
Le bilan 2024 de l’office de tourisme local éclaire bien cette limite. L’activité liée aux croisières progresse, mais une part importante de la hausse vient de la refacturation de l’eau et de l’électricité consommées à quai. Autrement dit, le trafic génère bien de l’activité, mais pas forcément la plus rentable ni la plus diffuse pour les commerces locaux. Beaucoup de passagers ne viennent pas pour flâner longtemps. Ils sont pris en charge, déplacés, guidés, puis réembarqués.
Cela n’empêche pas le modèle de compter. Dans un marché français du tourisme fluvial en hausse, très porté par une clientèle étrangère, Vernon et Les Andelys se sont imposées comme deux escales qui pèsent. Le territoire capte des visiteurs, gagne en visibilité et justifie des investissements. Les branchements électriques à quai répondent aussi à une contrainte très concrète: moins de moteurs allumés à l’arrêt, donc moins de bruit et moins de pollution pour les riverains.
Le vrai test commence maintenant. Faire venir les bateaux n’est plus le sujet. Le sujet est de savoir qui gagne vraiment quand ils s’arrêtent. Si l’escale profite surtout à des circuits déjà verrouillés, l’Eure restera un point de passage bien placé sur la Seine. Si elle retient davantage de temps, de dépenses et de services sur place, alors le fleuve pourra devenir autre chose qu’un décor logistique.