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La cantine des collèges de l’Eure devient un vrai levier local

Derrière un concours culinaire lancé dans huit collèges, l’Eure tente de rendre 3,3 millions de repas plus locaux sans faire exploser les coûts.

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Huit collèges, une centaine d’élèves, un menu complet à préparer pour dix convives avec 5 euros par personne. Le concours « À table c’est l’Eure » a l’air léger. Il ne l’est pas tant que ça. Ce qu’il met en vitrine, c’est un système beaucoup plus vaste : la restauration des 55 collèges publics du département, soit plus de 3,3 millions de repas par an.

Le Département veut faire passer la part de produits locaux de 15 % à 30 % d’ici 2028. Les pommes de terre servies dans les collèges viennent déjà toutes de l’Eure, et d’autres produits doivent suivre. À cette échelle, la cantine ne sert plus seulement à nourrir des élèves à midi. Elle devient un débouché pour les agriculteurs, un outil pour peser sur les habitudes alimentaires, et une manière très concrète d’utiliser l’argent public.

Le problème, c’est qu’on ne remplit pas une assiette locale par simple volonté politique. Une collectivité ne peut pas réserver ses achats aux seuls producteurs du coin. Pour faire entrer davantage de produits proches dans les menus, il faut donc agir autrement : découper les marchés, travailler par zones, adapter les volumes, tenir les prix, suivre les saisons. C’est ce que le Département dit vouloir faire en simplifiant ses appels d’offres pour laisser plus de place aux producteurs eurois.

Cette bataille dépasse largement l’Eure. Depuis 2022, la restauration collective publique doit acheter au moins 50 % de produits durables ou de qualité, dont 20 % issus de l’agriculture biologique. En moyenne, les cantines françaises sont encore loin du compte : 29,5 % pour les produits répondant à ces critères, 11,8 % pour le bio. Les collèges font un peu mieux que d’autres secteurs, mais eux non plus n’ont pas réglé l’équation. Entre ambitions alimentaires, contraintes d’achat et budget serré, tout le monde bute sur la même difficulté : mieux manger demande d’abord plus d’organisation.

Ce concours compte, mais pas pour les raisons les plus visibles. Le vrai sujet n’est pas le palmarès de juin. Le vrai sujet, c’est de savoir si l’Eure peut rendre ses 3,3 millions de repas annuels plus locaux, plus cohérents et plus solides, sans faire exploser la facture.