TFChem n’était pas une coquille vide. Créée en 2007, installée à Val-de-Reuil depuis 2009 au Pharmaparc II, la société travaillait dans la recherche-développement en sciences physiques et naturelles. L’IRIB de Rouen la rattache à ses travaux sur les sucres fluorés pour l’industrie pharmaceutique. En 2023, elle comptait encore 6 à 9 salariés. Petite structure, donc, mais pas marginale: le type de laboratoire que les territoires aiment montrer comme preuve qu’ils montent en gamme.
La chute, elle, a été sèche. Le 22 mai 2025, le tribunal de commerce d’Évreux ouvre un redressement judiciaire. TFChem déclare près de 249 000 euros de passif exigible pour moins de 300 euros d’actif disponible, avec une cessation des paiements fixée au 30 juin 2024. Le 17 juillet 2025, la société passe en liquidation. Le tribunal retient trois faits simples: plus de trésorerie, pas de financement apporté par l’actionnaire, et refus de remboursement d’un crédit recherche. Pour une petite structure de R&D, cela suffit à faire tomber l’ensemble.
Le plus frappant est que TFChem semblait plutôt cochée du bon côté du récit économique. Sirona Biochem l’avait rachetée en 2011 et mettait en avant sa plateforme de chimie des glucides, ses brevets et ses perspectives dans la cosmétique et la pharmacie. En 2022, le groupe annonçait un accord de licence mondial avec Allergan Aesthetics autour de TFC-1067. En avril 2025 encore, il communiquait sur des accords d’investissement avec Promura. Puis, le 1er août 2025, renversement complet: Sirona admet que les fonds promis ne sont jamais arrivés, qu’Allergan ne poursuivra pas l’accord, et que le laboratoire français a cessé définitivement ses opérations.
C’est là que le dossier devient intéressant pour l’Eure. Depuis plusieurs semaines, l’est du département est surtout raconté par ses extensions, ses implantations et ses ambitions de filière. Cette dynamique existe. Mais TFChem rappelle l’angle mort du récit: un territoire ne tient pas seulement par ses futures usines ou ses annonces de croissance. Il tient aussi par ses petites structures de recherche, moins visibles, plus fragiles, et souvent très dépendantes de la trésorerie, des licences et des investisseurs extérieurs.
Ce n’est pas une anecdote. Dans la recherche industrielle, le temps est long, les débouchés incertains, et la rupture peut venir bien avant le marché. Une molécule peut sembler prometteuse, un brevet exister, un partenariat être signé, et l’entreprise tomber quand même faute de continuité financière.
TFChem ne raconte donc pas seulement la fin d’un laboratoire de quelques salariés. Elle raconte ce qu’un territoire perd quand un maillon de ce type casse: des compétences rares, une continuité scientifique, et une capacité locale à transformer la recherche en activité réelle. C’est moins visible qu’une fermeture d’usine. C’est pourtant ce genre de perte qui dit si une vallée industrielle se renforce vraiment, ou si elle vit encore surtout de ce qu’elle annonce.