Le 30 mars, Évreux Portes de Normandie a publié l’avis de résultat du marché portant sur la réhabilitation du bâtiment MGEN de Gravigny en pôle de santé libéral ambulatoire. Le marché a été attribué le 17 février, pour un montant minimum de 193 158,80 euros hors taxes. Le site concerné se trouve au 33 ter avenue Aristide-Briand, et l’opération est annoncée sur 32 mois.
Le projet franchit ainsi une étape concrète. Il ne s’agit plus seulement d’une intention locale en faveur de l’accès aux soins, mais d’une opération qui entre dans une phase d’exécution. À Gravigny, l’enjeu est clair: recréer une présence médicale plus stable dans une commune où l’offre s’est fortement réduite au fil des années.
Le choix du site est lui-même révélateur. Il ne s’agit pas d’un équipement neuf, mais d’un bâtiment existant d’environ 900 m², bien situé, avec accès et stationnement. En matière de soins de proximité, les collectivités misent de plus en plus sur ce type de solution: adapter un lieu disponible et utilisable plutôt que lancer un projet plus complexe, plus long et plus incertain.
Le point important est là. Construire des locaux ne suffit plus à répondre au problème médical. Les territoires cherchent désormais des cadres de travail capables d’attirer des professionnels, d’éviter l’isolement, de répartir la charge et d’organiser une activité collective plus tenable. C’est dans cette logique que se développent maisons de santé, centres de santé, dispositifs mobiles ou téléconsultation. Le sujet n’est plus seulement le manque de médecins. C’est aussi la difficulté à maintenir des formes d’exercice qui tiennent dans la durée.
À Gravigny, le futur site est présenté comme un point d’appui pour le pôle de santé libéral ambulatoire du bassin d’Évreux, déjà structuré autour de plusieurs professionnels. L’objectif affiché est d’accueillir autour d’une dizaine de praticiens au démarrage, avec une cible de 20 à 25 à terme. Le projet vaut donc moins comme simple opération immobilière que comme tentative d’organiser une offre de soins.
Le besoin local reste fort. Les porteurs du projet avancent qu’entre 15 et 16 % des assurés sociaux de plus de 16 ans n’ont pas de médecin traitant sur le territoire de l’agglomération, avec une part encore plus élevée à Gravigny. EPN évoque aussi plus de 13 000 habitants sans médecin traitant. Ces chiffres doivent être maniés avec prudence, mais ils donnent un ordre de grandeur de la tension.
Le dossier s’inscrit dans un paysage déjà recomposé autour d’Évreux, avec la maison de santé Madeleine-Brès à Guichainville, le centre de santé municipal de Navarre, le Doctobus ou encore des dispositifs de téléconsultation spécialisée. Aucun de ces outils ne règle seul la difficulté d’accès aux soins. Ensemble, ils montrent cependant comment le territoire tente de limiter la dégradation de l’offre de premier recours.
Le marché publié ne vaut évidemment pas ouverture. La réussite se mesurera plus tard: nombre réel de professionnels installés, stabilité des équipes, spécialités présentes, capacité à permettre à davantage d’habitants de trouver un médecin traitant. Mais à Gravigny, un cap a été franchi. Le projet quitte le registre de l’annonce pour entrer dans celui de l’exécution.