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De Maigremont aux Andelys, l’industrie change de visage dans l’est de l’Eure, mais pas au même rythme

À Val-de-Reuil, Saint-Aubin-sur-Gaillon et Les Andelys, trois dossiers éclairent une même logique: garder des sites, des outils et des savoir-faire.

Illustration - industries dans l’Eure

À Val-de-Reuil, une collectivité rachète des laboratoires déjà équipés. Aux Andelys, une friche verrière retrouve une perspective industrielle. À Saint-Aubin-sur-Gaillon, un fabricant agroalimentaire construit un nouveau site à quelques kilomètres de son usine actuelle. Dans l’est de l’Eure, plusieurs dossiers récents avancent selon une logique commune: réutiliser des sites existants, préserver des équipes et repartir d’outils déjà là.

Le cas de Maigremont, à Val-de-Reuil, l’illustre le plus clairement. Le 13 février, l’Agglo Seine-Eure a acquis auprès de Kenvue une partie du site pour 4,5 millions d’euros. L’opération porte sur un centre de recherche de 9 000 m², dont 6 000 m² déjà équipés pour accueillir des laboratoires. Novalix, qui occupait déjà une partie des lieux, devient locataire de l’agglomération.

Le dossier ne raconte donc pas l’arrivée d’un acteur sur un terrain vierge. Il porte sur la reprise d’un foncier industriel très spécialisé, difficile à reconstituer ailleurs, pour maintenir sur place une activité de recherche et des capacités techniques déjà installées. Cela s’inscrit dans une trame plus ancienne: Val-de-Reuil et Évreux concentrent depuis longtemps une part importante des activités pharmaceutiques du département.

Aux Andelys, Hermès intervient dans un autre registre, mais sur le même terrain du réemploi productif. Fin janvier, le groupe a annoncé l’implantation d’une nouvelle maroquinerie sur une parcelle de la friche Holophane, avec un objectif de 260 emplois d’artisans à terme, à horizon 2030. Le projet redonne une destination industrielle à un site récemment frappé par la fermeture de la verrerie et par la perte de plus de 200 emplois.

Ici aussi, le bâtiment ne suffit pas à lui seul. Le projet repose aussi sur un circuit de formation déjà présent dans l’Eure, puisque les futurs artisans doivent être formés à l’École Hermès des savoir-faire de Louviers. Le site productif et la montée en compétences avancent donc ensemble.

À Saint-Aubin-sur-Gaillon, Cuisine Solutions ajoute une troisième pièce à cet ensemble. Le 12 mars, l’entreprise a posé la première pierre de son futur site de production. Les chiffres avancés parlent d’un investissement d’environ 25 millions d’euros, d’un bâtiment de 5 300 m², d’une montée de 48 à 80 tonnes d’aliments travaillés par semaine et d’un objectif de 150 emplois à terme.

Là encore, le projet part d’un ancrage existant. Dès septembre 2025, l’entreprise expliquait quitter Heudebouville pour rester sur le territoire Seine-Eure, conserver le savoir-faire de ses salariés et rester au bord de l’A13. Les données ont un peu varié entre les communications de 2025 et de 2026, ce qui rappelle qu’il s’agit d’un chantier en cours. Mais la logique est claire: changer d’échelle sans casser l’outil humain ni logistique.

Ces trois dossiers n’en sont pas au même point. À Maigremont, l’acquisition est faite et l’effet le plus concret est le maintien d’une activité de recherche sur place. À Saint-Aubin-sur-Gaillon, le chantier avance mais la montée en charge reste devant. Aux Andelys, Hermès ouvre surtout une perspective, avec des emplois annoncés pour la fin de la décennie. Les additionner comme s’ils existaient déjà serait trompeur.

Mais ils dessinent malgré tout une ligne commune dans l’est de l’Eure. L’industrie locale n’y avance pas seulement par création ex nihilo. Elle avance aussi par reprise de sites techniques, remise en usage de friches récentes, conservation de salariés déjà formés et appui sur des filières locales de recrutement. C’est une dynamique moins spectaculaire que les grands effets d’annonce, mais souvent plus solide.