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Haies, crapauds, ruissellement: ce que le printemps change vraiment dans l’Eure

Dans l’Eure, la consigne de ne plus tailler les haies ne s’applique pas de la même façon à tous. En parallèle, migrations d’amphibiens et travaux bocagers s’organisent.

Depuis quelques jours, le même message revient dans l’Eure: ne plus tailler les haies jusqu’au 15 août. La consigne est simple. Le cadre, lui, dépend des publics concernés.

Du 16 mars au 15 août, les agriculteurs qui touchent les aides de la politique agricole commune ne peuvent pas tailler les haies. Pour les collectivités, les entreprises et les particuliers, il n’existe pas d’interdiction générale du même type. Les services de l’État recommandent néanmoins d’éviter taille et élagage pendant la nidification. Une intervention peut exposer à des poursuites si elle détruit l’habitat d’espèces protégées.

Dans l’Eure, ce calendrier de printemps touche plusieurs sujets à la fois. Le 23 mars, Évreux Portes de Normandie a relayé l’appel à suspendre la taille des haies jusqu’à la mi-août. La DREAL rappelle de son côté que les haies servent à la fois d’abri pour la faune, de protection pour les sols et de frein contre le ruissellement.

Sur plusieurs routes euroises, la saison correspond aussi à une surveillance renforcée des migrations d’amphibiens. Le Département a aménagé cinq sites en 2026: Harcourt, La Ferrière-Saint-Hilaire, Neuf-Moulin et Saint-Cyr-la-Campagne, Léry et Mainneville. Harcourt et La Ferrière-Saint-Hilaire sont présentés comme les deux nouveaux sites de l’année. Le dispositif repose sur des bâches, des seaux, des tournées quotidiennes et un réseau de bénévoles déjà mobilisé les années précédentes.

Le bilan avancé par le Département donne une idée de l’ampleur prise par cette opération. Depuis 2022, 16 321 amphibiens auraient été aidés dans leur migration. En 2025, 5 418 l’ont été par 49 bénévoles. L’enjeu ne concerne pas seulement la faune. Sur les axes concernés, les animaux écrasés rendent aussi la chaussée plus glissante, et certains conducteurs tentent de les éviter au dernier moment.

Le même printemps remet aussi en avant un troisième usage, plus discret mais très concret dans certaines zones rurales: la gestion de l’eau. L’Intercom Bernay Terres de Normandie vient de lancer un marché de plantation de haies bocagères et d’aménagements en hydraulique douce, sous la forme d’un accord-cadre de trois ans plafonné à 150 000 euros hors taxes. Le détail du programme n’est pas encore entièrement lisible, mais l’intercommunalité utilise déjà ce type d’aménagements, haies arbustives, noues enherbées, merlons, mares tampons, pour limiter ruissellement et érosion.

Là aussi, le sujet s’inscrit dans une continuité. Dans son rapport d’activité 2024, l’intercommunalité recensait 500 mètres de haies plantés en 2022 et 2023, puis 536 mètres en 2024. Elle indiquait aussi viser, si son dossier régional est retenu, un kilomètre de plantation par an entre 2025 et 2028.

Cette question prend un relief particulier dans l’Eure. Les indicateurs régionaux de biodiversité attribuent au département 19 mètres de haies par hectare, contre 53 en moyenne en Normandie et 27 en France métropolitaine. Chaque débat sur la taille, l’arrachage ou la replantation se joue donc dans un paysage déjà peu dense à l’échelle régionale.

Dans l’Eure, la haie de mars à août n’est plus seulement un bord de champ à entretenir. Elle devient en même temps un habitat, un appui contre l’érosion, un élément de sécurité routière et, par endroits, un outil de gestion du ruissellement.