Le second tour des municipales n’a pas renversé l’Eure. Dans les neuf communes encore en jeu le 22 mars, les grandes mairies concernées sont restées globalement dans les mains de figures déjà bien installées. Mais le scrutin ne se lit pas seulement à l’échelle des hôtels de ville. Il modifie aussi la composition des conseils communautaires, là où se décident une part croissante des dossiers concrets du territoire.
À Évreux, Guy Lefrand garde la mairie avec 34,58 % des suffrages exprimés dans une quadrangulaire. Il devance Samuel Brigantino, Gérard Silighini et Eugénie Petitjean, et obtient 29 sièges au conseil municipal, dont 28 au conseil communautaire. La victoire est nette en sièges, moins large en voix. Elle lui permet surtout de rester la pièce centrale d’Évreux Portes de Normandie.
Louviers a livré le duel le plus serré de ce second tour. François-Xavier Priollaud l’emporte avec 46,79 % des voix contre 45,10 % à Philippe Brun, soit 110 voix d’écart. Cela suffit à conserver la mairie et à envoyer 12 élus communautaires sur 15 à l’Agglo Seine-Eure. La victoire est courte, mais elle préserve l’essentiel: le poids de Louviers dans l’intercommunalité.
Bernay, Gaillon et Les Andelys racontent trois cas différents, mais avec la même conséquence. À Bernay, Marie-Lyne Vagner s’impose avec 48,56 % et prend 12 des 16 sièges communautaires attribués à la commune. À Gaillon, Odile Hantz franchit la majorité absolue avec 52,55 % et obtient 4 des 5 sièges envoyés à Seine-Eure. Aux Andelys, Frédéric Duché gagne avec 45,18 % dans une triangulaire et place 5 élus sur 7 à Seine Normandie Agglomération. Dans chaque cas, le résultat pèse immédiatement sur le rapport de force intercommunal.
Là où le pouvoir local se joue
C’est là que le second tour devient le plus lisible. Une municipale ne désigne pas seulement un maire et une majorité locale. Elle redessine aussi les assemblées communautaires qui pilotent l’eau, les déchets, l’habitat, les zones d’activité, une partie des mobilités et plusieurs grands équipements publics. Dans l’Eure, le scrutin ne produit pas de bascule générale. Il consolide ou resserre des positions déjà en place.
À Évreux, Guy Lefrand reste incontournable dans son agglomération. À Seine-Eure, Bernard Leroy demeure président et François-Xavier Priollaud président délégué, avec Louviers et Gaillon toujours bien placées. À Seine Normandie Agglomération, Frédéric Duché sort renforcé avant l’installation du nouveau conseil communautaire. À Bernay, Marie-Lyne Vagner revient avec un poids accru dans une intercommunalité présidée par Nicolas Gravelle, dont elle est déjà l’une des vice-présidentes.
L’autre évolution vient des communes de moins de 1 000 habitants, désormais soumises au scrutin de liste depuis la réforme de mai 2025. Le changement paraît technique, mais il modifie la logique du vote local. À Combon, la victoire se joue à 18 voix. À Pullay, trois listes étaient encore en lice au second tour. À La Chapelle-Hareng, le premier tour s’était terminé sur une égalité parfaite, 37 voix contre 37, avant un dénouement au second. On reste dans des élections de proximité, mais moins qu’avant dans le simple registre des candidatures dispersées et des équilibres personnels.
Cette réforme pousse à constituer des listes, à clarifier des choix et à assumer une tête d’équipe, même dans de très petites communes. Dans un département où le tissu communal reste dense, ce n’est pas un détail.
L’Eure ne sort donc pas de ces municipales avec une carte politique renversée. Elle en sort avec des rapports de force plus serrés qu’ils n’en ont parfois l’air, et avec une réalité plus nette: la politique locale se joue toujours dans les mairies, mais de plus en plus aussi dans les intercommunalités.