Pas de bulletin, pas de dépouillement, pas de conseil municipal renouvelé. À Fatouville-Grestain, commune de 701 habitants, le premier tour des municipales s’est résumé à une absence: aucune liste n’avait été déposée.
Dans l’Eure, le contraste est net. La préfecture avait recensé 756 listes avant le scrutin. Partout ou presque, il y avait au moins une équipe à départager ou à confirmer. À Fatouville-Grestain, il n’y avait tout simplement personne à élire.
La commune n’est pas pour autant laissée sans mairie. Le 16 mars, le préfet de l’Eure a installé une délégation spéciale de trois membres. Elle assure la continuité le temps qu’un nouveau scrutin permette d’élire un conseil municipal.
Son pouvoir est volontairement étroit. Elle peut faire tourner l’indispensable: les actes urgents, les décisions de continuité, les affaires courantes. Elle ne peut pas lancer une nouvelle politique locale, préparer le budget, modifier les effectifs ou engager les finances de la commune au-delà des ressources disponibles de l’année.
Pour les habitants, cela veut dire une mairie qui continue, mais sans élan politique neuf. Les urgences peuvent être traitées. Les signatures nécessaires peuvent partir. Les services municipaux ne s’arrêtent pas. Mais les choix qui engagent l’avenir local devront attendre des élus.
Le cas tombe aussi l’année où les petites communes changent de règle. Depuis les municipales de 2026, les communes de moins de 1 000 habitants votent elles aussi au scrutin de liste paritaire. Le panachage disparaît: on ne compose plus son conseil nom par nom. Il faut présenter une équipe.
Cette réforme n’explique pas tout, et rien ne permet de dire qu’elle soit la cause directe de l’absence de liste à Fatouville-Grestain. Mais elle rend le cas plus lisible. Dans un village, la difficulté n’est pas toujours seulement de trouver un maire. C’est de réunir assez de volontaires pour accepter ensemble les responsabilités de la mairie: les travaux, les services, les sollicitations, les petits arbitrages et le téléphone qui sonne toujours au mauvais moment.
La délégation spéciale donne donc du temps, pas une solution politique. À Fatouville-Grestain, le retour à la normale ne viendra pas d’un arrêté préfectoral. Il faudra une liste, des candidats et, enfin, assez de chaises occupées autour de la table du conseil.
Sources consultées
- Préfecture de l’EureÉlections municipales et communautaires : installation de la délégation spéciale à Fatouville-Grestain
- Préfecture de l’EureÉlections municipales et communautaires : publication de l’arrêté préfectoral des listes déposées
- LégifranceCode général des collectivités territoriales, article L2121-35
- LégifranceCode général des collectivités territoriales, article L2121-38
- INSEEPopulations de référence 2023, Commune de Fatouville-Grestain
- Ministère de l’IntérieurMunicipales 2026 : le mode de scrutin change pour les communes de moins de 1 000 habitants