Quand aucune liste ne se présente aux municipales, la loi ne laisse pas une commune sans pilote. À Fatouville-Grestain, commune de 701 habitants, c’est précisément ce qui s’est produit: aucun candidat n’a déposé de liste, le scrutin n’a pas permis d’élire un conseil municipal et le préfet a nommé une délégation spéciale, installée le 16 mars, pour assurer la continuité de l’administration locale en attendant un nouveau vote.
Fatouville-Grestain fait figure d’exception dans l’Eure. Lors de la publication des listes avant le premier tour, la préfecture indiquait qu’il s’agissait de la seule commune du département sans candidat, alors que 756 listes avaient été déposées au total. Il ne s’agit donc ni d’une majorité introuvable ni d’un conseil incomplet. Il n’y a tout simplement eu personne pour se présenter.
La délégation spéciale compte trois membres. C’est le format prévu par la loi pour les communes de moins de 35 000 habitants lorsqu’un conseil municipal ne peut pas être constitué. Elle élit un président, chargé d’exercer les fonctions du maire jusqu’à l’installation d’un nouveau conseil municipal.
Son rôle reste toutefois strictement limité. Cette équipe provisoire peut expédier les affaires courantes et prendre les mesures urgentes, mais elle ne peut pas préparer le budget communal, modifier le tableau des effectifs ni engager la commune dans de nouvelles orientations politiques. Elle tient la commune à flot jusqu’au prochain scrutin, rien de plus.
Pour les habitants, cela signifie que la mairie continue de fonctionner, mais en mode restreint. Les actes nécessaires peuvent être pris, les démarches urgentes suivies et l’administration quotidienne assurée. En revanche, tout ce qui relève d’un choix politique nouveau ou d’un projet porté par des élus devra attendre.
Le cas de Fatouville-Grestain rappelle au passage une fragilité plus large de la vie municipale dans certaines petites communes: trouver une équipe prête à se présenter devient parfois plus difficile que départager des listes concurrentes.
Dans les prochaines semaines, tout l’enjeu sera donc de réussir là où le premier tour a échoué: constituer une liste, élire un conseil et redonner à la commune un fonctionnement politique normal.