
Au XVIIIe siècle, le domaine de Méréville faisait venir du faux gazon. Pas de plastique, mais des tapis peluchés imitant l’herbe, que les propriétaires de jardins aristocratiques achetaient pour leurs décors. Le dimanche 22 novembre, une conférence gratuite au Mérévillois permettra de découvrir cette drôle de mode, dont les archives locales ont conservé la trace.
À Paris, le fabricant Jean-François Gavoty avait développé tout un commerce autour du spart, une fibre végétale transformée en cordages, nattes et tapis. Ses ateliers, puis ceux de son successeur Bonnet de Montprin, fournissaient notamment des imitations de gazon destinées aux grottes, pavillons et autres décors de jardins.
Une publicité de 1787 promettait des tapis « imitant parfaitement le gazon naturel ». Le fabricant assurait même avoir résolu un détail gênant : l’odeur du spart, que ses nouveaux procédés de teinture étaient censés faire disparaître.
Des tapis jusque dans la grotte de Marie-Antoinette
Le phénomène dépassait Méréville. En 1780 et 1781, la manufacture de Gavoty livrait des tapis de faux gazon pour la grotte de Marie-Antoinette, au Petit Trianon de Versailles. Les archives de Méréville mentionnent, quelques années plus tard, de nombreuses « pluches vertes » destinées aux jardins de Jean-Joseph de Laborde.
Ces tapis ne servaient pas à remplacer des hectares de pelouse. Ils appartenaient à l’univers du décor : on les retrouvait dans les grottes artificielles, les pavillons et les intérieurs imaginés comme des jardins. Certaines pièces atteignaient plusieurs mètres carrés. Un véritable marché s’était constitué autour de cette imitation végétale, avec des ateliers et des dépôts commerciaux.
À Méréville, l’artifice ne se limitait pas aux tapis. À partir de 1784, Laborde confie à François-Joseph Bélanger puis au peintre Hubert Robert la création d’un jardin pittoresque. La Juine est détournée pour dessiner des méandres, des îles et des cascades. On construit des grottes et des rochers artificiels. Les chemins et les perspectives sont composés pour donner au promeneur l’impression de découvrir un paysage spontané.
La mode a changé depuis les pelouses géométriques de Versailles. On préfère désormais les prairies irrégulières et les scènes sauvages. Mais fabriquer cette apparente liberté demande autant d’ingéniosité que tracer des allées au cordeau.
Les « pluches vertes » dans les archives de Méréville
C’est ce monde de jardiniers, d’artisans et de paysagistes que Nicole Gouiric explorera le 22 novembre. L’historienne connaît particulièrement bien Méréville : elle a participé aux recherches accompagnant la restauration du parc à partir de 2012.
Elle avait déjà publié en 2006 une étude sur les gazons et faux gazons du XVIIIe siècle dans la revue Polia. Les Amis du Domaine de Méréville l’ont invitée à revenir sur ces recherches.
Le rendez-vous est fixé au dimanche 22 novembre, à 15 heures, au centre culturel de Méréville, place des Halles. L’entrée est gratuite. Renseignements au 01 64 95 43 31.
Dans les archives de Méréville, les commandes de « pluches vertes » sont toujours là.
Sources consultées
- Essonne TourismeHistoire de brins et brin d'histoire : gazons et faux gazons au 18e siècle
- Christiane Demeulenaere-Douyère, Annales de Bretagne et des Pays de l'OuestUne alternative au chanvre ? Jean-François Gavoty (1733-1812) et les tentatives de promotion du spart
- Monique MosserHortésie architecte : de quelques espaces narratifs du désir
- Fondation du patrimoineParticiper à la renaissance des miroirs d’eau du Domaine de Méréville
- GHAMUJournée à Méréville, 17 juin 2017