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À Ballainvilliers, un data center de 72 MW IT doit éclaircir son bilan énergétique

Le projet PAR03 pourrait appeler jusqu'à 116,9 MW. Son dossier avance deux estimations annuelles contradictoires, tandis que la MRAe relève des lacunes dans l'évaluation environnementale.

Ancien site logistique et futur data center

À Ballainvilliers, sur l’ancienne friche logistique du chemin des Bellebats, Data Serres, filiale de Goodman France, projette six salles informatiques de 12 MW chacune. Les serveurs représenteraient 72 MW de puissance informatique. Mais, refroidissement et équipements auxiliaires compris, le centre pourrait appeler jusqu’à 116,9 MW d’électricité à pleine charge.

Le chantier est envisagé de 2027 à 2032 ; les équipements informatiques seraient installés progressivement de 2031 à 2038, avant une montée à pleine puissance en 2039.

Le dossier présente pourtant deux estimations différentes de sa consommation annuelle : 883,2 GWh dans la description du projet, contre 582 GWh dans un autre calcul fondé sur la puissance informatique installée. La MRAe relève que cet écart n’est pas expliqué et demande d’harmoniser les chiffres. L’évaluation carbone s’appuie sur l’estimation basse de 582 GWh et ne chiffre pas les émissions correspondant au scénario haut.

À pleine charge, l’estimation haute pour 2039 équivaudrait à un peu plus d’un cinquième des 4,3 TWh consommés en 2024 par 471 centres de données français dépassant 1 GWh par an. En 2024, l’Île-de-France concentrait 63 % de cette consommation nationale. À l’échelle du pays, la consommation des centres de données avait progressé de 31 % entre 2018 et 2024.

L’alimentation du site est elle-même une opération en plusieurs étapes. Un premier raccordement au réseau Enedis doit permettre le démarrage des installations en 2028-2029. La puissance appelée sur ce raccordement montera progressivement jusqu’à 15 MW. À partir de 2030, les phases suivantes doivent être alimentées par une double liaison souterraine à 225 000 volts, dimensionnée pour environ 100 MW, entre le poste RTE d’Escargot, à Marcoussis, et le futur poste Bellebats.

Les documents ne donnent pas exactement la même longueur à cette liaison : 8 km dans l’arrêté préfectoral du 22 octobre, environ 9 km dans l’avis de la MRAe. Le tracé concerne Marcoussis, Nozay, La Ville-du-Bois, Saulx-les-Chartreux et Ballainvilliers. Plusieurs variantes restent à départager, notamment pour franchir la RN20, le Rouillon et le Ruisseau Blanc. La MRAe estime que les effets des travaux sur les terres agricoles, les cours d’eau et les continuités écologiques sont encore insuffisamment étudiés.

RTE prévoit environ 1 200 MW de capacité supplémentaire dans le sud de l’Île-de-France, avec des zones d’accueil mutualisées. Le principe consiste à renforcer le réseau en amont, puis à répartir les coûts entre les futurs utilisateurs. Les raccordements des grands centres de données deviennent ainsi une question d’aménagement régional autant que de construction industrielle.

Les 44 groupes électrogènes prévus doivent assurer jusqu’à 48 heures d’autonomie en cas de défaillance du réseau. Dans le scénario d’urgence étudié, la MRAe modélise, au point résidentiel le plus exposé, une contribution des groupes de 468,3 µg/m³ de dioxyde d’azote sur une heure. À titre de comparaison, la valeur limite pour l’air ambiant est de 200 µg/m³ en moyenne horaire, à ne pas dépasser plus de 18 heures par an. Les deux valeurs ne sont pas directement équivalentes : la simulation porte sur la contribution du projet et n’intègre ni la pollution de fond ni les effets cumulés avec les centres voisins. Le quotient de danger calculé atteint 0,99, juste sous le seuil de référence de 1.

Sur le bruit, les simulations nocturnes atteignent la limite réglementaire dans un secteur résidentiel à l’ouest ; le scénario de maintenance l’atteint au nord-est. Aucune simulation acoustique ne couvre le fonctionnement simultané des 44 groupes en situation d’urgence. La MRAe demande également d’évaluer les risques liés aux fuites du fluide frigorigène R1234ze, un PFAS utilisé dans les installations de refroidissement.

Le projet prévoit aussi de récupérer la chaleur produite par les serveurs. Un bâtiment dédié et cinq pompes à chaleur doivent permettre d’alimenter un futur réseau de chaleur communal et un projet voisin de serres agricoles et d’aquaponie. Les chiffres avancés sont de 13,1 GWh de chaleur extraits du centre par an et de 16,9 GWh livrés aux consommateurs après apport des pompes à chaleur.

Les besoins recensés atteignent environ 18,8 GWh par an. Mais le réseau communal et les serres dépendent de porteurs de projets distincts. La MRAe relève que leur financement, leur calendrier et les engagements garantissant leur réalisation ne sont pas suffisamment précisés. Elle souligne aussi que le taux de réutilisation de 3 % avancé dans le dossier repose sur la chaleur théoriquement disponible, non sur les quantités effectivement livrées ; elle demande un recalcul selon les règles entrées en vigueur en décembre 2025. La récupération de chaleur reste ainsi conditionnée à la réalisation du réseau et à l’arrivée effective de consommateurs.

Le centre prendrait la place d’une ancienne emprise logistique d’environ six hectares. Ce choix évite d’ouvrir un nouveau terrain agricole ou naturel, mais la MRAe juge insuffisamment justifiés le choix du site et les options techniques, faute de comparaison assez poussée avec d’autres implantations ou configurations. Une parcelle de 3 978 m² doit également revenir à la commune pour une maison de santé, un nouveau centre technique municipal et un parking public. La MRAe demande toutefois que l’étude d’impact prenne en compte l’ensemble de cette opération de reconversion, et pas seulement le bâtiment informatique.

La MRAe ne tranche pas les demandes d’autorisation : son avis du 3 septembre porte sur l’étude d’impact. Data Serres a transmis sa réponse à la préfecture le 20 octobre ; elle sera consultable avec le reste du dossier à l’ouverture de l’enquête.

L’enquête publique unique se déroulera du 16 novembre à 8 h 30 au 18 décembre 2026 à 17 h 30. Elle porte sur trois demandes distinctes : l’autorisation environnementale, la déclaration d’utilité publique du raccordement électrique et le permis de construire. Le dossier sera disponible en mairie de Ballainvilliers et sur le registre numérique. Le commissaire enquêteur tiendra cinq permanences, dont une le samedi 5 décembre, de 9 h à 12 h.

Les habitants pourront déposer leurs observations sur le registre numérique de l’enquête. La préfète statuera sur l’autorisation environnementale et la déclaration d’utilité publique ; le permis de construire relèvera de la maire de Ballainvilliers.

Sources consultées
  1. Mission régionale d'autorité environnementale d'Île-de-France (MRAe)Avis délégué n° 012018/A P et n° 020449/GUNENV du 3 septembre 2026 sur le projet de construction du centre de données PAR03 à Ballainvilliers
  2. Préfecture de l'EssonneArrêté n° 2026-PREF/DCPPAT/BUPPE/283 du 22 octobre 2026 portant ouverture d'une enquête publique unique relative au projet PAR03 Ballainvilliers
  3. Service des données et études statistiques (SDES)La consommation d'électricité des data centers en 2024, 2 juillet 2026
  4. RTELes data centers en chiffres clés
  5. Registre numérique de l'enquête publiqueEnquête publique unique relative au projet PAR03 Ballainvilliers