
En 1968, le maire d’Étampes célébrait les nouveaux immeubles de la Croix-de-Vernailles comme des « fortifications de paix ». Près de soixante ans plus tard, la démolition de 192 logements du quartier a été autorisée. Jusqu’au 28 octobre, une exposition gratuite au Cinétampes, à Étampes, fait redécouvrir les photographies du projet architectural d’origine.
Ces images proviennent du Centre d’archives d’architecture contemporaine, à Paris. Elles documentent les débuts d’un quartier dont les bâtiments, devenus familiers dans le paysage étampois, incarnaient alors une ville en pleine expansion.
Quand les immeubles « couronnaient la ville »
Le 22 avril 1968, le maire de l’époque prononce un discours enthousiaste. Il célèbre les constructions élevées sur une « falaise de sable » et les compare aux anciennes fortifications d’Étampes. « Ces habitations couronnent la ville », déclare-t-il.
La formule est conservée dans une étude de la Maison de Banlieue et de l’Architecture. Elle témoigne de l’ambition du chantier : le Foyer de la famille et du fonctionnaire avait lancé en 1965 la construction de 472 logements, avec l’école Jean-de-La-Fontaine installée au centre de l’ensemble.
Jean Ginsberg en est l’architecte en chef, avec Maurice-André Favette et Martin Schulz van Treeck. Seize bâtiments prennent place de part et d’autre de la rue Jean-Étienne-Guettard. Leur implantation suit la pente du terrain. Certains présentent ainsi sept niveaux sur une façade et seulement quatre sur l’autre.
Étampes grandissait rapidement. Sa population était passée de 11 890 habitants en 1954 à 16 826 en 1968. Ces immeubles répondaient à un besoin pressant de logements.
Des immeubles à démolir, des familles à reloger
En septembre 2026, la Ville indiquait que 56 logements avaient été « requalifiés » et 128 autres améliorés par le bailleur Immobilière 3F. La démolition de 192 logements a également été autorisée. L’ensemble en comptait 472 lors de sa construction. Les familles concernées sont accompagnées pour leur relogement.
Lors d’une visite du quartier, des habitants ont signalé au maire Gilles Bayart des problèmes d’entretien, des nuisibles, des dégradations et des nuisances sonores, selon le compte rendu municipal. Le maire a demandé au bailleur d’accélérer la démolition des bâtiments déjà inoccupés.
Des portraits de famille pour raconter ce que les plans ne montrent pas
Depuis 2024, la compagnie L’épate en l’air mène à la Croix-de-Vernailles un projet artistique baptisé LA DEMOL. Son travail prolonge celui des archives, mais en changeant de point de vue.
Le photographe Antoine Dubroux et l’ethnologue Clara Meyer prennent rendez-vous chez les habitants. Le photographe réalise les portraits à domicile, comme en studio. Pendant et après la séance, les participants racontent leur arrivée dans le quartier, leurs souvenirs, leurs parcours résidentiels. Les conversations sont enregistrées.
Le dispositif fait dialoguer plusieurs générations d’une même famille. Photographies et entretiens doivent ensuite être réunis dans un livre-mémoire. Le projet se poursuit jusqu’en 2027.
Le 17 octobre, des promenades sonores ont également permis d’entendre des témoignages dans les lieux auxquels ils se rapportaient.
L’exposition est gratuite jusqu’au mercredi 28 octobre au Cinétampes, rue Léon-Marquis, aux horaires d’ouverture du lieu. Dans les appartements de la Croix-de-Vernailles, Antoine Dubroux et Clara Meyer poursuivent leurs rendez-vous avec les familles, entre photographies et récits enregistrés.
Sources consultées
- Maison de Banlieue et de l'ArchitectureDes ensembles assez grands, Cahier n° 11, « Les grands ensembles à Étampes »
- Ville d'ÉtampesÀ la Croix-de-Vernailles, Gilles Bayart sur le terrain pour faire avancer la transformation du quartier
- Communauté d'agglomération de l'Étampois Sud-EssonneExposition
- L'épate en l'air CiePortraits de famille, projet mémoire
- PSS-archiLa Croix de Vernailles, Étampes