
À Vauhallan, une maison achetée à l’Exposition universelle de 1900 et remontée dans la commune ouvre exceptionnellement ce samedi 3 octobre. C’est le Pavillon du Bois d’Henri Bressler, ingénieur et illustrateur qui voulait relier Paris à Dakar en trois jours par le rail, en passant sous le détroit de Gibraltar. Cent ans après sa mort, le village conserve encore la trace la plus tangible d’une imagination qui dépassait largement l’Essonne.
Le reste de cette histoire est dispersé. À Limoges, la Bibliothèque francophone multimédia conserve de nombreux dessins réalisés par Bressler pour les éditions Ardant. Le catalogue national en identifie pour des ouvrages aussi différents que Histoire de Jean Bart, Les héros d’une fourmilière ou Contes d’Annam pour les enfants. Des courriers conservés dans le fonds ont même permis d’attribuer à Bressler certaines couvertures dont la signature n’apparaissait plus sur le livre imprimé. La bibliothèque de Limoges, qui a contacté la municipalité de Vauhallan, participe aujourd’hui au centenaire.
Une autre trace se trouve dans les archives de l’ingénierie et de la diplomatie françaises. En 1918, Bressler présente au Congrès du génie civil un projet formé de trois grands travaux : un tunnel sous Gibraltar, une ligne ferroviaire directe entre Paris et Dakar et un grand port de commerce à Dakar. Le compte rendu précise que cette présentation est alors une simple communication, sans vœu soumis au Congrès. Il inscrit aussi explicitement ces infrastructures dans les intérêts français en Afrique, rappel du contexte colonial dans lequel ce projet était pensé.
Les Archives diplomatiques conservent sous la cote 53CPCOM/177 un dossier consacré au projet Bressler, au tunnel de Gibraltar, à la voie Paris-Dakar et aux chemins de fer d’Afrique du Nord, couvrant la période de mai 1918 à octobre 1923. Le projet a donc circulé dans l’administration pendant plusieurs années, sans que cela signifie qu’une construction ait été proche.
À Vauhallan, cette grande géographie tient pourtant dans deux maisons. À côté du Pavillon du Bois, la fille de Bressler, Isabelle, harpiste, fit construire sa propre habitation. Les propriétaires actuels ouvrent exceptionnellement les lieux à 11h, pour une visite limitée à 20 personnes. L’inscription se fait auprès de la commune par courriel ; la mairie ne précise pas si des places restent disponibles.
L’après-midi, l’historien Philippe Montillet présente de 16h à 18h, salle de la Passerelle, une exposition consacrée aux différentes activités de Bressler. Puis la journée revient à Isabelle : à 20h, la harpiste Adélaïde Legras donne à l’abbaye de Limon un concert en sa mémoire. Des dessins conservés à Limoges au rêve ferroviaire archivé au Quai d’Orsay, les fragments de cette histoire se retrouvent ainsi, pour quelques heures, autour des maisons de Vauhallan.
Sources consultées
- Ville de VauhallanCentenaire de la mort d’Henri Bressler
- Conservatoire numérique des Arts et MétiersBulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, 1918, compte rendu du Congrès du génie civil
- Archives diplomatiquesProjet d’Henri BRESSLER relatif à la construction d’un tunnel sous le détroit de Gibraltar et à l’établissement d’une voie ferrée Paris-Dakar
- Bibliothèque francophone multimédia de LimogesLes auteurs et illustrateurs des Ardants éditeurs et imprimeurs
- Catalogue collectif de France / Bibliothèque nationale de FranceMS. ARD 2. Henri Bressler