
Au Théâtre de Bligny, le grand Pleyel est normalement réservé aux concerts et aux musiciens autorisés à l’approcher. Les 19 et 20 septembre, pour les Journées européennes du patrimoine, son clavier s’ouvre aux amateurs de tous âges ayant déjà une pratique musicale, débutants comme confirmés. L’accès est gratuit, sans réservation, avec jusqu’à quatre mains simultanément.
Le théâtre prépare le centenaire d’un instrument présenté comme un Grand-Concert modèle AL de 1928. Mais à deux ans de l’échéance, cette identification est désormais réexaminée. Les organisateurs posent publiquement deux questions : le piano est-il réellement un AL de 1928 ? Et sa caisse était-elle noire à l’origine, ou en bois verni ?
Les récits disponibles donnent déjà matière à chercher. La version aujourd’hui publiée pour les Journées du patrimoine raconte que Pleyel aurait donné l’instrument en 1930 aux Œuvres des sanatoriums populaires de Paris. En 2015, Jean-François Lion, ancien responsable du centre hospitalier qui avait retrouvé le piano, rapportait au Parisien que, d’après la trace laissée dans les registres Pleyel, l’instrument était arrivé à Bligny en 1932. Il supposait alors que le docteur Louis Guinard l’avait acquis. Ce témoignage ne suffit pas à trancher, mais il explique pourquoi le centenaire prévu en 2028 commence par un retour aux sources.
Ouverts en 1903 pour accueillir des malades de la tuberculose, les sanatoriums avaient donné une place importante aux activités artistiques. Le théâtre, construit entre 1932 et 1934 et inauguré le 19 septembre 1934, comptait à l’origine 625 places, au milieu d’un établissement hospitalier où l’on organisait spectacles, musique, cinéma et fêtes pour les pensionnaires.
Puis le lieu s’est tu. Après la fermeture définitive du théâtre en 1971, le bâtiment a servi de débarras pendant trois décennies. Au début des années 2000, le Pleyel a été retrouvé dans la fosse d’orchestre, sur la tranche et enseveli sous de vieux matelas. Selon le récit conservé par le théâtre, ceux-ci auraient contribué à le protéger des variations de température. La maison Labrousse l’a expertisé puis restauré avec l’appui de Pleyel ; le programme des Journées du patrimoine chiffre cette remise en état à 20 000 euros. L’instrument est revenu à temps pour la réouverture du théâtre en 2004.
Il n’est pas depuis devenu une pièce de musée. En avril 2026, Christian Wachter, pianiste résident de Bligny, y jouait encore les Variations Goldberg de Bach. Ce week-end, d’autres mains pourront à leur tour faire sonner l’instrument. Son modèle, sa date et son aspect d’origine attendent toujours leur réponse.
Sources consultées
- Ministère de la Culture — Journées européennes du patrimoineLe piano historique de Bligny s'avance vers son centenaire !
- Inventaire général du patrimoine culturel d’Île-de-FranceBligny (Briis-sous-Forges), théâtre du centre hospitalier de
- Le ParisienLa fabuleuse histoire du piano Pleyel du théâtre de Bligny
- Théâtre de BlignyLes Concerts du Jeudi