
À Télécom SudParis, la rentrée 2026 apporte trois nouveautés qui se ressemblent moins qu’il n’y paraît. L’école d’Évry-Courcouronnes ouvre une spécialisation de troisième année en données biomédicales, un parcours Défense accessible dès la première année et un certificat en intelligence artificielle intégré aux trois années du cursus généraliste. Leur point commun n’est pas d’ajouter encore de l’IA au programme, mais de mieux distinguer les compétences nécessaires lorsque les outils numériques sont appliqués à des secteurs avec leurs propres contraintes.
La santé en donne l’exemple le plus solide. Télécom SudParis disposait déjà d’un parcours santé sur trois ans, suivi par plus de 30 élèves ingénieurs chaque année. Le programme DaTSHealth, financé à hauteur de 1,2 million d’euros, a ensuite ouvert en septembre 2025 un M2 Biomedical Data Science and Applications dont la première promotion comptait 29 étudiants. La nouvelle VAP Biomedical Data Science prolonge donc un travail déjà engagé plutôt qu’elle ne crée une spécialité de toutes pièces.
Ce qu’elle ajoute devient clair lorsqu’on regarde le programme. Avant d’appliquer du machine learning à une image ou à un signal médical, les élèves travaillent sur la manière dont cette donnée est produite : IRM, scanner, ECG ou microscopie, avec des problèmes de bruit, de mesures incomplètes et de prétraitement. Le cursus ajoute ensuite les contraintes éthiques et réglementaires, puis les méthodes d’IA appliquées au médical. Cliniciens et ingénieurs hospitaliers doivent intervenir aux côtés des enseignants-chercheurs. Une méthode d’IA performante peut produire un résultat médiocre si la mesure, le bruit ou le contexte clinique sont mal compris. Cette spécialisation prolonge aussi les travaux essonniens sur la confiance dans l’IA médicale, déjà abordés par La Clé Publique à Évry-Courcouronnes.
Le parcours Défense ajoute une autre couche. Il ne constitue pas une nouvelle spécialisation technique : il complète la formation numérique par la connaissance du secteur, de ses institutions et de ses usages. Né du partenariat avec la Direction générale de l’armement, il prévoit dès la première année des enseignements sur l’organisation du ministère, l’économie de la défense ou la dissuasion, puis des projets et challenges proposés par le ministère des Armées. L’accès est annoncé pour les élèves français ou binationaux. L’école cherche moins à enseigner un nouvel algorithme qu’à familiariser les élèves avec le système industriel, stratégique et opérationnel dans lequel la technologie sera employée.
Le certificat IA est, des trois annonces, la moins nouvelle techniquement. Télécom SudParis propose une voie d’approfondissement en intelligence artificielle avec Télécom Paris et l’ENSTA depuis 2018, en plus d’autres cursus de data science. La rentrée 2026 transforme surtout ce savoir-faire en socle identifiable pour l’ensemble des élèves de la formation initiale : un niveau certifié reposera sur les enseignements communs, tandis qu’un niveau expert restera associé aux spécialisations IA. Le certificat est d’abord testé auprès de la formation initiale avant une éventuelle extension à d’autres cursus.
L’école ne publie pas encore les effectifs inscrits dans chacun de ces trois nouveaux dispositifs. Leur poids réel dans une promotion reste donc à mesurer. À Évry, le cursus demande désormais aux futurs ingénieurs de maîtriser non seulement les outils numériques, mais aussi les environnements dans lesquels ils seront utilisés, de la donnée imparfaite d’un hôpital aux contraintes d’un programme de défense.
Sources consultées
- Télécom SudParisSanté numérique et IA : Télécom SudParis lance la VAP Biomedical Data Science
- Agence nationale de la rechercheData-driven Transversal Training for Sustainable Digital Health
- Télécom SudParisParcours Défense : Télécom SudParis forme aux enjeux de Souveraineté
- Télécom SudParisTélécom SudParis lance un certificat IA inédit
- Télécom SudParisVAP IA – 3ème année en association avec Télécom Paris et ENSTA Paris