Article

Moustique tigre : pourquoi seules quelques rues sont traitées en Essonne

Après Verrières, une démoustication a visé Villebon et Palaiseau. Le moustique tigre est largement implanté, mais les traitements chimiques restent très ciblés.

Illustration d'une démoustication ciblée en Essonne

Dans la nuit du 14 au 15 septembre, entre 1 h et 4 h, une opération de démoustication a concerné la Résidence de Villebon et une partie de l’avenue du Général-de-Gaulle à Villebon-sur-Yvette, ainsi que quelques rues voisines de Palaiseau. Dix jours plus tôt, une intervention du même type avait été menée à Verrières-le-Buisson.

Pourquoi ces quelques rues, alors que le moustique tigre est désormais largement installé en Essonne ? Fin 2025, Santé publique France comptait 68 communes colonisées dans le département, contre 41 un an auparavant. Elles regroupaient déjà 78 % de la population essonnienne. La démoustication sanitaire n’est donc pas une campagne destinée à faire disparaître les moustiques d’une ville.

Verrières montre précisément ce qui peut conduire à traiter un quartier. Après le signalement d’un cas de chikungunya, l’ARS a mené une investigation entomologique qui a confirmé la présence de moustiques tigres adultes dans le secteur concerné. Une pulvérisation a ensuite été réalisée dans la nuit du 4 au 5 septembre.

Pour Villebon et Palaiseau, le déclencheur exact n’a pas été rendu public. Les communications de la préfecture et de la commune ne précisent ni la maladie concernée, ni le caractère importé ou autochtone d’un éventuel cas. Rien ne permet donc de relier cette intervention au cas de Verrières. Le dernier bulletin disponible de Santé publique France, arrêté au 6 septembre, recensait en Essonne un cas importé de chikungunya et 18 de dengue, sans foyer autochtone signalé dans le département. Ce bulletin est toutefois antérieur à l’opération de Villebon et ne permet pas d’en identifier l’origine.

Cette sélection est au cœur du dispositif. Du 1er mai au 30 novembre, les cas de dengue, chikungunya et Zika signalés en Île-de-France sont investigués afin de déterminer notamment si la personne était virémique pendant ses déplacements dans la région. Une enquête entomologique peut alors être menée autour des lieux fréquentés lorsqu’une exposition locale au moustique tigre est possible. En 2025, 219 enquêtes ont ainsi été conduites en Île-de-France autour de 107 personnes virémiques. Elles n’ont débouché que sur 20 traitements adulticides.

Les traitements chimiques restent donc exceptionnels. L’Observatoire régional de santé décrit la lutte chimique comme un dernier recours, utilisé dans des situations de risque sanitaire après enquête de l’ARS. La deltaméthrine employée contre les adultes n’élimine pas les gîtes larvaires et son usage intensif favoriserait les résistances, avec également des effets sur des espèces non ciblées. Surtout, environ 80 % des gîtes larvaires d’Aedes se trouvent chez les particuliers, contre 20 % sur le domaine public.

À Villebon et Palaiseau, la pulvérisation de cette nuit s’est donc limitée à quelques rues. Le travail quotidien contre le moustique se joue, lui, à la fois dans les cours, jardins, gouttières et récupérateurs d’eau des particuliers et dans les espaces publics où une population désormais bien installée en Essonne trouve de quoi se reproduire.

Sources consultées
  1. Ville de Villebon-sur-YvetteOpération de démoustication
  2. Préfecture de l'EssonneOpération de démoustication à Villebon-sur-Yvette et Palaiseau
  3. Ville de Verrières-le-BuissonCas de chikungunya sur la commune : faisons le point
  4. Santé publique FranceSurveillance sanitaire en Île-de-France. Bulletin du 10 septembre 2026
  5. Santé publique FranceArboviroses en Île-de-France, bilan 2025
  6. Observatoire régional de santé Île-de-FranceLes maladies à transmission vectorielle : enjeux sanitaires pour l'Île-de-France