Article

De 23 % à 98 % : pourquoi la cantine change de rôle d’un collège essonnien à l’autre

Dans les collèges publics de l’Essonne, la demi-pension va de 23 % à 98 % selon l’établissement. Le prix compte, mais aussi la distance, l’âge et les transports.

Illustration - cantine de collège en Essonne

Au collège Aimé-Césaire des Ulis, 22,6 % des élèves étaient demi-pensionnaires en 2023-2024. À Condorcet, à Dourdan, ils étaient 97,8 %. Deux établissements du même département, un même système de tarification, mais une cantine presque optionnelle dans l’un et quasi incontournable dans l’autre.

L’écart ressort d’une étude publiée cette semaine par l’Insee et le Conseil départemental, portant sur les 100 collèges publics de l’Essonne et près de 65 000 collégiens. En moyenne, 72 % sont demi-pensionnaires, à peu près autant qu’en France (71 %) et bien davantage qu’en Île-de-France (60 %). Mais dans un collège essonnien sur cinq, moins de la moitié des élèves mangent à la cantine ; dans près d’un sur trois, ils sont plus de 90 %.

L’écart est d’abord social. Dans les dix secteurs scolaires où les familles de collégiens ont les revenus les plus faibles, 37 % des élèves sont demi-pensionnaires en moyenne. Dans les dix secteurs les plus aisés, ils sont 93 %. Même en tenant compte des autres caractéristiques étudiées, le revenu du secteur scolaire reste le facteur le plus fortement associé à l’inscription.

Pourtant, le Département absorbe déjà une grande partie de l’écart de prix. En 2023-2024, un repas coûtait 7,80 € hors prise en charge départementale. Selon le quotient familial, le Département en finançait de 35 % à 90 %, ramenant la facture à 0,78 € par repas pour les familles les plus modestes et jusqu’à 5,10 € pour les plus aisées. Sur la base de 144 repas annuels retenue par l’étude, le coût moyen par famille passait ainsi de 1 273 € à 529 €. Dans les dix secteurs les plus modestes, l’effort estimé tombait de 3,3 % à 0,9 % du revenu disponible.

La politique tarifaire corrige donc fortement le prix, sans faire disparaître les différences d’usage. La distance au collège et la possibilité de rentrer déjeuner chez soi comptent aussi. L’étude observe une fréquentation plus faible lorsque le domicile est proche de l’établissement. Dans certaines zones rurales, où le transport scolaire ne circule que le matin et le soir, rentrer à midi devient au contraire difficile. L’âge accentue encore l’écart : 81 % des élèves de 6e sont demi-pensionnaires, contre 62 % des élèves de 3e, devenus plus autonomes.

Depuis 2019, la cantine est aussi moins fréquentée. Entre 2019-2020 et 2023-2024, la part de demi-pensionnaires est passée de 75 % à 72 % dans l’Essonne, alors qu’elle progressait légèrement au niveau national. La baisse concerne 77 collèges sur 100. L’étude pointe notamment le gel des seuils du quotient familial, qui a fait passer certaines familles dans des tranches plus chères, tandis que les tarifs acquittés augmentaient de 7 % à 10 % selon les tranches. Elle relève aussi l’évolution des inscriptions dans le privé et le développement du télétravail parmi les éléments ayant pu modifier les habitudes du déjeuner.

Les données décrivent l’année scolaire 2023-2024, pas la rentrée 2026. Mais elles montrent avec une précision rare la limite d’un levier départemental : subventionner fortement le repas réduit l’inégalité devant le prix, pas toutes les raisons de choisir la cantine. Entre les 22,6 % d’Aimé-Césaire et les 97,8 % de Condorcet se glissent aussi la distance à la maison, les transports et l’autonomie des collégiens.

Sources consultées
  1. InseeDans les collèges publics de l’Essonne, 72 % d’élèves demi-pensionnaires, avec des disparités marquées
  2. Conseil départemental de l’EssonneRèglement départemental de la restauration scolaire applicable dans les collèges publics de l’Essonne