
À Corbeil-Essonnes, l’ancien Moulin de la Papeterie montre le compromis qu’impose la restauration d’une rivière façonnée par les ouvrages hydrauliques. Achevé au printemps 2025 puis récompensé en juin 2026, le chantier n’a pas simplement supprimé un obstacle. Il a remodelé un bras de l’Essonne, restauré les berges et remplacé deux vannes par des équipements automatiques.
Cette troisième tranche a coûté 2,37 millions d’euros hors taxes. Le SIARCE en a financé un peu plus d’un million, Bouygues Immobilier 900 000 euros, l’Agence de l’eau 288 000 euros et le Département 157 800 euros. L’opération accompagne la transformation de l’ancienne friche industrielle en un quartier de 1 200 logements, dont l’aménagement dépend aussi du niveau de la rivière, de la stabilité de ses berges et de la prévention des crues.
Ce chantier éclaire l’alerte récemment lancée par des défenseurs du moulin Badran, à Étampes, et du moulin de la Maîtrise, à Milly-la-Forêt. Ils craignent que des modifications de cours d’eau ou des baisses de niveau fragilisent des bâtiments historiquement construits autour de leurs biefs. Aucun chantier précis ni dommage mesuré n’est toutefois publiquement documenté sur ces deux sites.
Dans le sud de l’Essonne, la rivière n’est souvent plus dans son lit naturel depuis des siècles. Sur l’École, 63 % du cours est perché au-dessus du fond de la vallée. Environ 60 % de son linéaire reste sous l’influence d’ouvrages hydrauliques. Une étude menée en 2015 recensait 64 moulins, ponts, vannes ou busages sur l’École et ses principaux affluents, soit un ouvrage tous les 840 mètres.
Ces aménagements ont alimenté les moulins et libéré des terrains ensuite cultivés ou bâtis. Ils peuvent aussi ralentir l’eau, piéger les sédiments et maintenir des digues au-dessus de maisons ou de champs. Les retirer brutalement peut modifier les niveaux dont dépendent certains bâtiments. Les conserver sans adaptation peut prolonger l’envasement, gêner les poissons ou aggraver certains débordements.
Sur les cours d’eau classés pour la circulation des poissons et des sédiments, les ouvrages de retenue des moulins doivent être entretenus, gérés ou équipés. Depuis 2021, leur destruction ne peut plus être imposée au titre de ces seules obligations. Plusieurs solutions restent possibles : automatiser les vannes, créer un bras de contournement, resserrer le lit, consolider les berges ou remettre ponctuellement la rivière dans le fond de vallée.
À Pringy, en Seine-et-Marne mais sur le même bassin de l’École, 500 mètres de rivière ont été restaurés en 2019 et 2020. Deux plans d’eau envasés et une vanne ont été supprimés. Lors d’un inventaire réalisé en juillet 2023, le bureau d’études mandaté par le SEMEA a recensé 14 espèces de poissons et 406 individus, contre 9 espèces et 147 individus avant les travaux. De nouvelles mesures ont été lancées en 2026 pour vérifier l’évolution à cinq ans.
Tout conserver figerait des dysfonctionnements connus. Modifier les niveaux sans étudier les constructions déplacerait le risque vers les moulins et les riverains. Pour juger les situations de Badran et de la Maîtrise, il manque encore les relevés d’eau, l’état des maçonneries et l’examen des solutions possibles. Dans ces vallées, une vanne et un bief règlent encore la rivière au pied des maisons.
Sources consultées
- SIARCETravaux sur le site du Moulin de la Papeterie, à Corbeil-Essonnes
- SIARCELe SIARCE récompensé aux Victoires de l’investissement local 2026
- SEMEALes conséquences des aménagements sur les cours d’eau du bassin versant de la rivière École
- SEMEAÉvaluation de la qualité physique et biologique des milieux suite à la restauration de la rivière École dans le parc de Pringy
- LégifranceCode de l’environnement, article L. 214-17
- Le Parisien« Si l’eau disparaît, les moulins s’écroulent » : en Essonne, un patrimoine fragilisé par les travaux sur les rivières