
À Vert-le-Grand, les moissonneuses ont terminé leur travail le 11 juillet, près de deux semaines plus tôt que d’habitude. Ce calendrier spectaculaire ne clôt pas pour autant la campagne agricole. En Essonne, environ 4 998 hectares de maïs, 4 650 hectares de betteraves et 1 070 hectares de tournesol doivent encore passer l’été avant leur récolte. Plus de 10 000 hectares restent donc exposés au manque d’eau.
Pour les cultures d’hiver, les premières estimations départementales existent déjà. Au 1er juillet, la DRIAAF évaluait le rendement du blé tendre essonnien à 80 quintaux par hectare, celui de l’orge d’hiver à 75 et celui du colza à 36. Aucun rendement n’était encore estimé pour le maïs, le tournesol ou la betterave, dont le résultat dépend des semaines à venir. Les fortes chaleurs ont accéléré le développement des céréales à paille, parfois au prix d’un remplissage plus faible des grains. Pour les cultures d’été, elles accroissent les besoins en eau et rendent les prochaines pluies décisives.
L’irrigation offre une protection, mais seulement à une partie de l’agriculture essonnienne. Lors du recensement agricole de 2020, le département comptait 13 045 hectares irrigables et 8 172 hectares effectivement irrigués, soit 10 % de sa surface agricole. Parmi les exploitations de grandes cultures, 129 sur 545 avaient irrigué cette année-là. L’aspersion était très largement majoritaire, tandis que les eaux souterraines alimentaient l’essentiel des surfaces irrigables équipées d’un réseau individuel.
Cette dépendance aux prélèvements d’eau devient plus visible lorsque les débits baissent. Dans la zone Orge-Rémarde, la Rémarde a atteint son seuil de crise à Saint-Cyr-sous-Dourdan avec 0,15 m³ par seconde; l’Orge l’a atteint à Saint-Chéron avec 0,11 m³ par seconde. Depuis le 18 juillet, l’arrêté applicable à cette zone interdit en principe les prélèvements destinés à l’irrigation par aspersion ou par système localisé dans les communes et sur les ressources concernées.
Des dérogations subsistent pour certaines productions maraîchères, horticoles ou de semences utilisant la micro-aspersion ou le goutte-à-goutte, ainsi que pour l’eau de pluie, le recyclage et certaines réserves constituées hors de la période d’étiage. Le dispositif de la nappe de Beauce centrale obéit aussi à des règles propres. Pour les grandes cultures ordinaires du secteur, une solution de secours devient néanmoins indisponible au moment où les sols en auraient le plus besoin. Les communes et les usages concernés sont détaillés dans notre guide sur les restrictions de la zone Orge-Rémarde.
La moisson précoce a permis de récolter une grande partie des céréales avant l’aggravation de la sécheresse. Elle laisse maintenant apparaître une limite matérielle: l’Essonne reste un grand département agricole, mais seule une fraction de ses terres peut recevoir de l’eau lorsque la pluie disparaît. Pour le maïs, les betteraves et le tournesol encore en terre, chaque semaine sèche supplémentaire réduit désormais le potentiel de la récolte d’automne.
Sources consultées
- Département de l’EssonneLes agriculteurs font face à la canicule
- DRIAAF Île-de-France – AgresteCampagne agricole millésimée 2026, situation au 1er juillet 2026
- DRIAAF Île-de-France – AgresteIrrigation dans l’Essonne, recensement agricole 2020
- Préfecture de l’EssonneArrêté n° 2026-DDT-SE-271 du 17 juillet 2026