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À Orsay, le cœur des femmes n’est plus un cas particulier

Au laboratoire CARPAT de Paris-Saclay, Ana-María Gómez étudie pourquoi certains troubles du rythme touchent différemment les femmes.

Illustration - cellules cardiaques au laboratoire

À Orsay, Ana-María Gómez cherche dans les cellules cardiaques ce que la médecine a longtemps regardé de trop loin : les différences entre le cœur des femmes et celui des hommes. À la Faculté de pharmacie de l’Université Paris-Saclay, son équipe travaille sur les mécanismes qui peuvent créer une exposition accrue aux troubles du rythme chez les femmes, notamment sous stress.

La chercheuse, directrice de recherche à l’Inserm et directrice adjointe du laboratoire CARPAT, a été distinguée en 2025 par le Grand Prix Lamonica de cardiologie et par la bourse Danièle Hermann “Cœur de Femmes”, dotée de 30 000 euros. Cette bourse finance un projet précis : comprendre pourquoi, à âge et condition cardiaque comparables, les femmes peuvent être davantage exposées à certaines arythmies.

Le mot “stress” compte ici au sens biologique. Quand l’organisme se met en alerte, le cœur accélère, se contracte plus fort, mobilise des signaux électriques et chimiques. Dans un cœur fragile, cette réponse peut aussi dérégler le rythme. L’équipe d’Orsay observe notamment RyR2, un canal qui libère le calcium à l’intérieur des cellules cardiaques. Ce calcium déclenche la contraction. Si sa libération devient instable, le battement peut perdre sa régularité.

Le travail reste préclinique. Il combine des modèles animaux et des cardiomyocytes humains obtenus à partir de cellules souches pluripotentes induites, ces cellules adultes reprogrammées puis différenciées en cellules du cœur. L’intérêt est de comparer des cellules XX et XY en laboratoire, sans réduire toutes les différences aux hormones circulantes. L’Université Paris-Saclay rapporte ainsi des différences électrophysiologiques intrinsèques, avec une repolarisation plus lente dans les cellules féminines. Ces résultats précis sont rapportés par l’université, sans publication récente distincte identifiée.

Pendant longtemps, les modèles masculins ont dominé une partie de la recherche cardiovasculaire, parce qu’ils semblaient plus simples à stabiliser expérimentalement. Or plusieurs travaux décrivent des écarts de repolarisation, de réponse aux médicaments ou de vulnérabilité aux arythmies selon le sexe. Pour un patient, cela peut compter : un médicament qui modifie le temps électrique du cœur ne rencontre pas toujours le même terrain chez une femme et chez un homme.

L’ancrage essonnien est net. CARPAT est installé au bâtiment Henri Moissan, 17 avenue des Sciences, à Orsay. Le laboratoire travaille sur les canaux ioniques, le calcium, les mitochondries, les signaux intracellulaires et les arythmies ventriculaires, avec des cultures cellulaires, des modèles animaux, de l’imagerie et de l’électrophysiologie. Ana-María Gómez y codirige l’équipe consacrée à la signalisation calcique et à la physiopathologie cardiovasculaire.

À Saclay, l’innovation tient ici dans un déplacement de méthode : faire entrer le sexe biologique dans l’expérience elle-même, au lieu de l’ajouter après coup comme une variable gênante. La prochaine étape se joue encore sur des paillasses d’Orsay, là où le rythme d’une cellule peut dire pourquoi un cœur ne réagit pas comme un autre.

Sources consultées
  1. Université Paris-SaclayAna María Gómez : comprendre et réparer le cœur des femmes
  2. Faculté de Pharmacie, Université Paris-SaclayINSERM U1180 CARPAT « Signalisation et Physiopathologie Cardiovasculaire »
  3. Fondation Recherche Cardio-VasculaireAna Maria Gómez
  4. Frontiers in PhysiologySex Differences in Drug-Induced Arrhythmogenesis