L’École polytechnique va créer sur son campus de Palaiseau un Institut de Mathématiques et des Sciences Fondamentales. Le futur bâtiment, attendu à l’horizon 2030, sera financé par une contribution de 50 millions d’euros de Bernard Arnault, via sa société familiale Agache, et portera son nom.
La nouveauté n’est pas un résultat de laboratoire. Elle tient dans l’outil que l’X veut ajouter à son campus: un lieu capable de faire venir des chercheurs pour plusieurs mois, parfois jusqu’à un an, et de les installer au contact des mathématiciens, physiciens, informaticiens, biologistes, spécialistes des matériaux, ingénieurs et étudiants. Dans les sciences fondamentales, l’équipement décisif n’est pas toujours une machine. C’est aussi du temps commun, des tableaux, des séminaires et des conversations assez longues pour déplacer un problème.
Ce choix ne part pas d’une page blanche. Polytechnique possède déjà le Centre de mathématiques Laurent Schwartz, unité mixte avec le CNRS créée en 1965, et le Centre de mathématiques appliquées, actif en modélisation, simulation, optimisation, intelligence artificielle, probabilités ou statistiques. À l’échelle du plateau, l’école doctorale de mathématiques Hadamard regroupe environ 400 doctorants et 400 encadrants. À Bures-sur-Yvette, dans le même département, l’IHES a déjà fait de l’accueil de visiteurs son activité centrale, avec environ 200 chercheurs invités chaque année.
L’institut de Palaiseau cherche donc à donner à l’X sa propre capacité d’accueil et de programmation. Son dossier de présentation annonce, d’ici 2030, 120 enseignants-chercheurs permanents en mathématiques, 250 doctorants et post-doctorants, et 50 visiteurs en résidence. Le programme baptisé provisoirement « La Résidence mathématique » doit accueillir des projets collaboratifs de plusieurs mois à une année, organiser des semestres thématiques, des conférences et des ateliers, avec une cible d’environ 40 conférences et plus de 2 000 participants par an après la phase de démarrage.
L’intérêt local dépasse le prestige du nom sur la façade. L’IA, la cybersécurité, les technologies quantiques, la simulation numérique ou la conception de matériaux reposent souvent sur des mathématiques longues à fabriquer, puis soudain indispensables quand un domaine industriel ou scientifique accélère. Installer à Palaiseau un programme capable d’attirer des chercheurs étrangers et de les faire travailler avec les laboratoires du campus peut donner à l’X plus de visibilité, plus de rencontres longues et plus de prise sur les thèmes scientifiques où Paris-Saclay est déjà identifié. Dans le classement Shanghai 2025 par discipline, l’Université Paris-Saclay apparaît deuxième mondiale en mathématiques. Ce chiffre ne classe pas Polytechnique seule, mais il mesure le poids du paysage dans lequel l’X veut compter davantage.
Deux limites changent toutefois la manière de lire l’annonce. Les 50 millions d’euros financent la construction du bâtiment et le lancement de la résidence; la direction de l’école a indiqué que l’institut devra ensuite chercher d’autres financements. Et le conseil scientifique, chargé d’orienter la programmation, doit encore être constitué. La crédibilité du projet se jouera donc moins sur le rendu architectural que sur les chercheurs invités, les thèmes choisis, la qualité des séjours et la capacité à créer de vraies interfaces entre disciplines.
À Palaiseau, la première mesure arrivera avant les murs: quels mathématiciens viendront, pour combien de temps, et sur quels problèmes les tableaux noirs du campus seront occupés.
Sources consultées
- École polytechniqueL’École polytechnique crée un Institut de Mathématiques et des Sciences Fondamentales
- École polytechniqueDossier de presse IMSF
- Université Paris-SaclayÉcole doctorale de mathématiques Hadamard
- IHESInvited researchers
- ShanghaiRankingGlobal Ranking of Academic Subjects 2025: Mathematics