À Évry-Courcouronnes, le premier prix du hackathon D4Gen 2026 est allé à Syrra, une équipe d’étudiants de Télécom SudParis qui travaille sur l’analyse acoustique de la biodiversité. Son point de départ est limpide : les micros savent désormais enregistrer longtemps, partout ou presque ; les humains, eux, ne peuvent pas écouter des milliers d’heures de sons une par une.
Le suivi acoustique passif est déjà utilisé pour observer des oiseaux, des amphibiens, des chauves-souris ou des paysages sonores sans déranger les milieux. On installe des enregistreurs, on collecte, puis on analyse. Sur le papier, c’est discret et puissant. Dans la pratique, les fichiers s’accumulent vite, avec du vent, de la pluie, des moteurs, des cris qui se superposent et des espèces que l’on ne sait pas toujours chercher à l’avance.
Syrra s’attaque à cette étape de tri. D’après Genopole, le prototype transforme des enregistrements longs, bruités et peu annotés en cartes d’unités acoustiques exploitables. Le système détecte des vocalisations animales sans partir d’une liste fermée d’espèces, puis rapproche les segments sonores qui se ressemblent. Les groupes obtenus peuvent ensuite être écoutés, nommés, corrigés et enrichis par des experts.
Cette précision évite de vendre une magie. L’IA acoustique existe déjà. BirdNET, par exemple, reconnaît plus de 6 000 espèces à partir de sons. Des logiciels comme Kaleidoscope Pro savent aussi repérer et regrouper des cris d’oiseaux ou de grenouilles. L’intérêt de Syrra, à ce stade, est de travailler sur des données moins propres et moins balisées, celles qui demandent encore beaucoup de validation humaine.
Le hackathon D4Gen s’est tenu du 5 au 7 juin 2026 dans les locaux de Genopole. Près de 100 participants, répartis en 17 équipes, y ont développé en 48 heures des prototypes mêlant intelligence artificielle, biologie et science des données. Le concours affiche un premier prix valorisé à 10 000 euros. Pour Syrra, cela ne prouve ni un marché, ni une performance indépendante, ni un déploiement sur le terrain. Cela prouve plutôt qu’un problème scientifique bien réel a trouvé, à Évry, une première forme technique convaincante.
C’est aussi ce qui rend le sujet intéressant localement. Genopole est souvent associé aux biotechnologies, aux plateformes de production ou aux thérapies avancées, comme dans notre article sur la biotech qui passe l’épreuve du volume. Avec Syrra, l’environnement d’Évry fait se rencontrer des étudiants en IA, des données du vivant et des usages possibles en écologie.
Le prototype devra maintenant être jugé sur des sons vraiment sales, un gain de temps mesuré, la qualité du tri et la place laissée au jugement des spécialistes. Pour l’instant, à Évry-Courcouronnes, Syrra a donné une première forme à une question très pratique : quand la nature parle trop longtemps pour être écoutée à la main, comment faire ressortir les sons qui comptent ?
Sources consultées
- GenopoleSyrra, lauréat du hackathon D4Gen 2026 : L’IA au service de la biodiversité à Genopole
- Évry-Sénart Sciences et InnovationIA, biologie et data science : les projets primés de la 5ème édition du Hackathon D4Gen 2026
- Office français de la biodiversitéL’analyse acoustique, une technique innovante pour l’étude de la biodiversité
- INRAEUn réseau mondial de chercheurs mutualise les données sonores sur la biodiversité
- BirdNETAI-powered bioacoustics, at scale