À Évry-Courcouronnes, MAN Truck & Bus France ne fabrique pas ses nouveaux camions électriques. Le site essonnien travaille sur ce qui les fera rouler après la livraison : former, diagnostiquer, réparer, et rendre l’électrique utilisable par les transporteurs.
Le siège français du constructeur allemand, installé avenue du Bois de l’Épine depuis plus de quarante ans, emploie près de 250 personnes sur environ 1 000 collaborateurs en France. Il accueille aussi le centre national de formation de MAN, avec plus de 7 000 journées de formation par an pour les techniciens, les équipes commerciales et le réseau privé. Dans le camion électrique, la compétence locale ne s’arrête pas à la vente. Elle commence vraiment quand il faut ouvrir un pack batterie, sécuriser une intervention haute tension ou décider si une réparation suffit.
Le Battery Center annoncé à Évry-Courcouronnes donne un rôle précis à cette compétence. L’atelier est présenté comme habilité à ouvrir les packs de batteries et à travailler sur les modules et composants haute tension, hors cellules, qui restent du ressort de l’usine. L’investissement indiqué atteint 200 000 euros, pour l’adaptation des locaux, l’équipement de diagnostic et de réparation, ainsi que la formation du personnel.
Cette capacité d’après-vente conditionne une partie de l’usage réel du camion électrique. Un poids lourd immobilisé n’est pas un objet vertueux, c’est un outil de travail arrêté. Pour un transporteur, l’équation ne tient que si le véhicule peut être chargé au bon moment, affecté à la bonne tournée, surveillé dans son vieillissement batterie et réparé sans envoyer systématiquement les packs loin du dépôt.
MAN arrive sur ce terrain avec une gamme électrique qui passe de la série industrielle à l’usage commercial. Le constructeur indique avoir produit environ 1 300 camions électriques lourds en un an dans son usine de Munich, sur une ligne où diesel et électrique sont assemblés ensemble. Son eTGM vise les tournées urbaines et régionales : deux à quatre packs batteries, jusqu’à 320 kWh utiles, jusqu’à 480 km d’autonomie annoncée dans la meilleure configuration, ou environ 10,6 tonnes de charge utile maximale avec deux batteries. Ces chiffres constructeur varient selon la charge, le relief, la météo, la carrosserie et l’usage réel.
Le parc à convertir reste immense. Au 1er janvier 2025, 96,9 % des poids lourds en circulation en France étaient encore diesel. La Direction générale des Entreprises estime que le transport routier de marchandises représente 7,4 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. L’électrification a donc une raison claire d’exister, mais ses freins sont tout aussi matériels : prix d’achat, recharge au dépôt, planification des tournées, assurances, formation et disponibilité des ateliers.
Pour l’Essonne, le sujet n’est pas de devenir une usine de batteries. Les packs MAN sont fabriqués à Nuremberg, les camions assemblés en Allemagne et en Pologne. La valeur locale est plus proche du sol : un siège, un centre de formation, un centre de service, des techniciens à habiliter, des transporteurs franciliens à accompagner. Dans une économie essonnienne où l’emploi tient mais les marges se tendent, cette compétence compte. À Évry-Courcouronnes, le camion électrique entre surtout par la porte de l’atelier.
Sources consultées
- CCI EssonneMAN Truck & Bus France : un milliard d’euros de chiffre d’affaires et l’électromobilité comme moteur de croissance
- TRM24MAN Truck & Bus France créée sa filière électrique
- MAN Truck & Bus FranceMAN eTGM : un partenaire efficace pour la ville et la périphérie
- SDES, ministère de la Transition écologiqueParc et circulation des véhicules routiers
- Direction générale des EntreprisesLes poids lourds : en route vers l’électrification