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À Saclay, les jurys de concours passent eux aussi à l’examen

Polytechnique, les ENS et CentraleSupélec étendent une formation contre les biais de genre aux jurys de concours, jusque dans les salles d’oral de Saclay.

Illustration - jury de concours scientifique

À Palaiseau et Gif-sur-Yvette, l’égalité dans les grandes écoles fait son entrée cette année dans une salle très particulière : celle des oraux de concours. L’École polytechnique, les ENS et les écoles du concours Centrale-Supélec annoncent l’extension, en 2026, d’une formation commune destinée aux membres de jurys pour réduire les biais et stéréotypes de genre dans l’évaluation des candidates.

Le changement est moins visible qu’un nouveau bâtiment sur le plateau de Saclay. Il touche pourtant un endroit décisif. Après deux ou trois ans de classes préparatoires, une partie de l’accès aux grandes écoles scientifiques se joue face à des examinatrices et examinateurs qui écoutent, questionnent, relancent et classent. Le concours est une procédure nationale, mais il passe aussi par des jugements humains.

La formation avait été mise en place en mai 2025 par les ENS pour les jurys des épreuves orales de leurs concours d’entrée par la voie CPGE. Elle avait alors concerné 500 membres de jury. En 2026, elle est étendue aux jurys des concours CPGE donnant accès aux ENS, à Polytechnique et aux écoles du concours Centrale-Supélec, ainsi qu’aux autres voies d’entrée des onze écoles engagées.

Pour l’Essonne, ce n’est pas un sujet abstrait. Polytechnique est à Palaiseau, CentraleSupélec et l’ENS Paris-Saclay sont à Gif-sur-Yvette, l’Institut d’Optique est aussi implanté à Palaiseau. Le plateau de Saclay n’abrite pas seulement des laboratoires et des amphithéâtres : il concentre une partie des portes d’entrée vers les carrières scientifiques les plus sélectives.

Les chiffres expliquent pourquoi l’attention se déplace jusqu’aux jurys. À la rentrée 2025, les CPGE accueillaient 87 100 étudiants. La filière scientifique progressait, mais les femmes y restaient minoritaires. Dans les cycles ingénieurs, le ministère relevait encore en juin 2026 que la part des femmes ne franchissait pas 30 %. Une note de l’Institut des politiques publiques a aussi montré que, dans les écoles d’ingénieurs les plus sélectives, les femmes représentaient 20 % des effectifs, contre 25 % dans les CPGE scientifiques étudiées. L’écart ne naît donc pas seulement avant le concours. Il se rejoue aussi pendant la préparation et au moment des épreuves.

Former les jurys ne réparera pas toute la chaîne. Les stéréotypes commencent bien avant Saclay, dans les choix de spécialités, l’orientation, la confiance accordée aux filles en mathématiques et la composition même des classes préparatoires. Mais cette initiative a le mérite de regarder le dernier filtre en face. Si l’oral repose sur l’appréciation d’une réponse, d’une assurance, d’un silence ou d’une hésitation, alors la qualité du concours dépend aussi de la manière dont celles et ceux qui évaluent savent reconnaître leurs propres automatismes.

Le coût précis du dispositif et le nombre total de jurés concernés en 2026 n’ont pas été rendus publics. La direction est claire : les grandes écoles de Saclay ne traitent plus seulement la mixité comme une question de vivier. Elles l’installent dans la salle d’examen, au moment où une question posée et une note donnée peuvent changer une trajectoire.

Sources consultées
  1. École polytechniqueL’X poursuit son action avec d’autres Grandes Écoles contre les biais et stéréotypes de genre
  2. ENS-PSLÉgalité femmes-hommes dans les grandes écoles : les écoles des concours ENS, Polytechnique et Centrale-Supélec s’unissent contre les biais de genre
  3. Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, SIESLes effectifs en classes préparatoires aux grandes écoles à la rentrée 2025-2026
  4. Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, SIESLes effectifs inscrits en cycle ingénieur en 2025-2026
  5. Institut des politiques publiquesComment expliquer la sous-représentation des femmes dans les écoles d’ingénieurs les plus sélectives ?