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À Milly-la-Forêt, le Cyclop fait encore marcher sa drôle de liberté

La saison 2026 du Cyclop remet artistes, habitants et visiteurs dans la grande tête de Jean Tinguely à Milly-la-Forêt.

Le Cyclop en forêt

Dans les bois de Milly-la-Forêt, la grande tête de fer et de miroirs du Cyclop déroule sa saison 2026 autour d’une question: « Liberté, une chimère ? ». Jusqu’au 1er novembre, le monument imaginé par Jean Tinguely avec Niki de Saint Phalle et leurs proches accueille dessins, vidéo, performance, art numérique et ateliers autour de la liberté, de son expression et de ses limites.

Le lieu rend le thème moins abstrait qu’il n’en a l’air. Le Cyclop n’a pas été conçu comme un espace neutre où l’art viendrait sagement se poser. C’est une œuvre de 22,5 mètres de haut et 350 tonnes d’acier, commencée en 1969 dans le bois de Milly et inaugurée en 1994. Une tête sans corps, une face couverte de dizaines de milliers de tesselles de miroirs, une machinerie intérieure, des hommages à Duchamp, Yves Klein ou Mai 68, des œuvres sonores et un parcours labyrinthique.

Ce monstre-là a aussi une vie très concrète. Donné à l’État en 1987, il est conservé par le Centre national des arts plastiques et ouvert par l’Association Le Cyclop. Sa récente restauration, menée en 2021-2022, a coûté 1,5 million d’euros selon le ministère de la Culture. Elle a notamment repris la Face aux miroirs de Niki de Saint Phalle et d’autres pièces installées dans la structure. Dans une forêt humide, une utopie en métal ne survit pas seulement par la poésie. Il lui faut des restaurateurs, des médiateurs, des horaires, des jauges et des escaliers praticables.

La programmation 2026 joue avec cette tension sans l’assommer. Léna Turist mène des ateliers avec des habitants de Milly-la-Forêt et des associations pour fabriquer drapeaux et slogans avant une performance collective prévue le 19 septembre. Le collectif russe Куда Бегут Собаки, « Où courent les chiens », travaille avec des installations numériques inspirées des outils de surveillance et de contrôle. Quentin Spohn expose de grands dessins sur bâches, inspirés par l’Hommage à Mai 68 de Larry Rivers déjà présent dans le Cyclop. Le programme accueille aussi des projections, dont Le Monstre dans la forêt, documentaire de Louise Faure et Anne Julien consacré à l’œuvre.

La visite garde quelque chose d’un pacte avec l’objet. Les abords et les expositions extérieures sont accessibles librement aux horaires d’ouverture, mais l’intérieur du Cyclop se découvre en visite guidée de 45 minutes, avec réservation conseillée. Les groupes sont limités à 25 personnes. L’intérieur n’est pas accessible aux enfants de moins de 8 ans pour des raisons de sécurité. Les personnes à mobilité réduite peuvent accéder aux abords, mais pas aux quatre niveaux intérieurs, composés uniquement d’escaliers. Les visiteurs peuvent réserver une visite guidée sur la billetterie officielle.

La force locale du Cyclop tient là. À Milly-la-Forêt, l’Essonne ne montre pas seulement un patrimoine à conserver, mais une œuvre difficile à tenir ouverte sans la rendre inoffensive. La saison 2026 n’ajoute pas un simple thème culturel sur un calendrier. Elle remet des voix, des images, des habitants et du bruit dans une machine qui n’a jamais vraiment accepté de rester tranquille.

Sources consultées
  1. Association Le CyclopSaison 2026 - Liberté, une chimère ?
  2. Association Le CyclopLe Cyclop de Jean Tinguely
  3. Centre national des arts plastiquesLa restauration du « Cyclop » de Jean Tinguely
  4. Ministère de la Culture« Le Cyclop » : une véritable utopie artistique qui retrouve son éclat