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À Saclay, des microrobots apprennent à dégivrer au millimètre

Des chercheurs du CEA-Iramis ont imprimé en 4D un microrobot capable de bouger et de chauffer localement la glace.

Microrobot sur glace

L’Essonne n’a pas de banquise. Elle a pourtant, à Saclay, un minuscule brise-glace imprimé en 4D, capable de faire fondre la glace sous lui puis d’avancer, guidé par un champ magnétique.

Le démonstrateur a été réalisé par des équipes du CEA-Iramis, avec Sorbonne Université. L’objet est petit, presque étrange : une forme de navire posée sur une couche de glace. Mais le problème qu’il éclaire est très concret. Dans certains équipements exposés au froid, du capteur au petit système mobile, le givre ajoute du poids, dégrade les performances et oblige souvent à chauffer, traiter ou gratter des surfaces entières. C’est coûteux, peu sélectif et difficile à intégrer dans de petits systèmes mobiles.

À Saclay, les chercheurs déplacent la question. Leur microrobot ne cherche pas à dégivrer large. Il agit au bon endroit, au bon moment. Le champ magnétique sert à le déplacer. La lumière proche infrarouge déclenche, elle, un chauffage localisé. Le même objet peut donc être orienté dans l’espace et activé thermiquement à distance.

La clé tient dans la matière imprimée. Les chercheurs ont intégré à une résine des nanocharges composées de magnétite et d’or. Pendant l’impression par photopolymérisation DLP, un champ magnétique les aligne dans la structure. La magnétite donne la réponse au champ magnétique. L’or transforme une partie de la lumière reçue en chaleur. L’impression 4D signifie ici que l’objet n’est pas seulement fabriqué dans une forme donnée : son comportement est programmé pour répondre ensuite à des stimuli externes.

Les chiffres donnent l’échelle juste. Sous illumination proche infrarouge à 852 nanomètres, les échantillons atteignent une efficacité de conversion photothermique d’environ 40 % et une température supérieure à 80 °C. Dans le démonstrateur, le microrobot travaille sur une couche de glace à −5 °C et ouvre un chenal avec une précision millimétrique. Les propriétés photothermiques sont aussi conservées après des cycles thermiques jusqu’à −20 °C.

Ce n’est pas encore un système de dégivrage pour avions, éoliennes ou infrastructures. Aucune industrialisation, aucun essai en conditions réelles et aucun client ne sont annoncés. Le travail publié dans Advanced Functional Materials reste une preuve de laboratoire.

Mais cette preuve est plus intéressante qu’un gadget scientifique. Elle montre qu’un objet imprimé peut combiner deux fonctions commandées sans fil : se déplacer et délivrer de la chaleur au point choisi. Pour l’Essonne, c’est une histoire très Saclay : des matériaux, de la nanostructuration, de l’impression avancée et de la robotique souple réunis dans un objet minuscule. Le brise-glace est minuscule ; le savoir-faire, lui, tient sur le plateau.

Sources consultées
  1. CEA, Direction de la recherche fondamentaleDes microrobots imprimés en 4D pour faire fondre la glace
  2. CEA-Iramis4D-Printed Magneto-Plasmonic Microrobots for Programmable Spatiotemporal De-Icing
  3. Advanced Functional Materials4D-Printed Magneto-Plasmonic Microrobots for Programmable Spatiotemporal De-Icing