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À Saclay, la science du climat se mesure aussi dans les grêlons

Une étude du LSCE, à Gif-sur-Yvette, montre comment le réchauffement a intensifié l’épisode de grêle du 3 mai 2025.

Grêlons et relevés climatiques

À Gif-sur-Yvette, le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement a pris pour objet un phénomène météo très ordinaire en apparence: le grêlon. Avec l’Institut national italien de géophysique et de volcanologie, le LSCE a étudié l’épisode du 3 mai 2025, qui a touché Paris et plusieurs régions d’Europe de l’Ouest.

Le sujet n’a rien d’anecdotique. La grêle casse des pare-brise, abîme des toitures, frappe les cultures et devient un problème sérieux pour les panneaux photovoltaïques. En 2025, France Assureurs a recensé 105 journées de grêle en France, dont 68 avec des grêlons de plus de 2 cm. La facture annuelle liée à la grêle a atteint 2,2 milliards d’euros, deuxième niveau le plus élevé depuis le début des mesures en 1984.

La difficulté, pour les chercheurs, tient à la nature même du phénomène. La grêle naît dans des orages courts, localisés, dépendants de courants ascendants, de l’humidité, de la température en altitude et du cisaillement des vents. Météo-France souligne que les modèles savent surtout repérer les conditions favorables aux orages; prévoir exactement où tombera la grêle reste beaucoup plus délicat.

L’étude menée avec le LSCE ne prédit donc pas le prochain orage. Elle relève de l’attribution climatique. Les chercheurs ont comparé l’épisode du 3 mai 2025 à des situations atmosphériques analogues dans deux périodes: 1974-1999, plus fraîche, et 1999-2024, plus chaude. La circulation météo reste comparable; la question devient alors plus nette: que change une atmosphère réchauffée dans un même type de situation?

La réponse donne un ordre de grandeur. Pour des conditions similaires, la probabilité de grêle augmente jusqu’à 30 % à Paris et dans plusieurs régions de France et d’Allemagne. Les simulations font apparaître des grêlons de 3 à 4 cm dans de nombreuses zones. Météo-France parle déjà de grosse grêle à partir de 2 cm. À 3 ou 4 cm, le phénomène quitte le registre du bruit sur les volets pour entrer dans celui du sinistre.

Le mécanisme tient notamment à une énergie convective disponible plus élevée, environ 200 J/kg de plus, et à un niveau de congélation remonté de 100 à 200 mètres dans les analogues récents. Les petits grêlons fondent davantage en traversant l’air plus chaud; ceux qui survivent jusqu’au sol peuvent être plus gros. Le réchauffement ne signifie donc pas mécaniquement davantage d’orages partout. Il peut rendre certains épisodes plus destructeurs quand les conditions sont réunies.

Pour l’Essonne, l’intérêt n’est pas dans une alerte locale. Cette étude ne fournit pas une carte du risque commune par commune. Elle montre plutôt une compétence installée à Saclay: savoir relier un événement bref, brutal et coûteux à un changement de fond, sans confondre météo du jour et climat.

À l’Orme des Merisiers, la recherche climatique ne se mesure pas seulement dans les moyennes mondiales ou les courbes de température. Elle se lit aussi dans la taille possible d’un grêlon tombé un soir de mai.

Sources consultées
  1. LSCELe changement climatique a intensifié la grêle du 3 mai 2025 en Europe de l’Ouest
  2. Atmospheric Science Letters, WileyInvestigating the Role of Climate Change in the 3 May 2025 Western Europe Hailstorm Using Atmospheric Analogs
  3. Météo-FranceLa grêle
  4. France AssureursL’assurance en 2025: protéger aujourd’hui pour construire demain