Chauves-souris, zones humides, fronts géologiques, chemins, sécurité des sites : avant d’intervenir dans ses espaces naturels, l’Essonne achète d’abord de la connaissance.
Dans un avis d’attribution publié le 30 mai 2026, le Conseil départemental a retenu sept titulaires pour des études consacrées aux Espaces naturels sensibles. Le marché comportait huit lots. Sept ont été attribués, pour une valeur maximale totale de 3,5 millions d’euros hors taxes. Ce plafond n’est pas une dépense déjà engagée, mais le cadre dans lequel le Département pourra commander des missions.
Le contenu dit beaucoup de la manière dont un territoire protège concrètement ses paysages. Il ne s’agit pas seulement de planter, clôturer ou entretenir. Il faut aussi relever des espèces, comprendre l’eau, suivre la nuit, aménager sans user les sites et sécuriser ce qui peut l’être sans effacer l’intérêt du lieu.
Le lot le plus large, consacré au patrimoine écologique, revient à l’Institut d’écologie appliquée. Il couvre notamment les inventaires de faune, de flore, d’habitats et les plans de gestion. Biotope obtient le lot sur les chiroptères et la trame noire : autrement dit les chauves-souris, leurs gîtes, leurs passages, les cavités, les ponts, les bâtiments, et cette ressource assez fragile qu’est l’obscurité.
D’autres expertises suivront les milieux aquatiques, le génie écologique, le patrimoine géologique, les aménagements de sites naturels ou encore la sécurité. SEGIC Ingénierie, basée à Verrières-le-Buisson, fait partie des entreprises retenues, pour les études d’aménagement des sites naturels. Un lot, en revanche, n’a pas trouvé preneur : celui consacré aux études historiques.
Ce lot manquant laisse une petite zone d’ombre. Les espaces naturels ne sont pas seulement des morceaux de nature préservée. Ils portent souvent d’anciens usages, des traces de parcs, de cadastres, de bâtiments, parfois d’activités industrielles. Le lot non attribué devait justement explorer cette couche-là, des archives aux vestiges visibles ou enfouis.
L’Essonne a de quoi occuper ces bureaux d’études. L’avis rappelle que le Département gère près de 1 900 hectares de nature, plus d’une trentaine de sites aménagés ouverts au public, 14 itinéraires de randonnée et 7 balades géologiques. Il mentionne aussi 400 kilomètres de cours d’eau, 3 000 hectares de zones humides, les marais des vallées de l’Essonne et de la Juine, ainsi que des champs d’expansion des crues dans les vallées de la Seine, de l’Orge et de l’Yvette.
Un Espace naturel sensible n’est donc pas seulement un lieu où l’on se promène le dimanche. C’est un espace que le Département doit protéger, gérer et ouvrir au public avec mesure. La règle est simple à dire, plus délicate à appliquer : accueillir sans abîmer.
Ces études peuvent alors compter. Une lumière nocturne peut être déplacée. Un chemin peut contourner une zone humide. Une berge peut être restaurée différemment. Un front rocheux peut être sécurisé sans perdre son intérêt géologique. Une mare peut être suivie avant d’être curée. Pour le promeneur, le résultat se verra peut-être à peine : un panneau, une passerelle, un accès mieux dessiné, un coin laissé tranquille.
Mais dans un département où la nature se partage entre usages de loisirs, pression urbaine, biodiversité et eau, ce presque invisible compte. Avant la pelleteuse, la clôture ou le panneau pédagogique, il y a parfois une chauve-souris, une carte et quelqu’un qui écoute la nuit.
Sources consultées
- BOAMP / France MarchésAvis d’attribution de marché, avis n° 26-52475 du 28/05/2026, “Études sur les Espaces Naturels Sensibles (ENS) - 8 lots”
- Cerema, Outils de l’aménagementL’espace naturel sensible (ENS)
- LégifranceCode de l’urbanisme, droit de préemption dans les espaces naturels sensibles, article L215-21