Dans l’emploi du temps d’un élève de deuxième année à Polytechnique, l’intelligence artificielle ne sera plus un sujet réservé aux spécialistes. À partir de septembre 2026, elle entrera dans le tronc commun du cycle ingénieur, avec un cours obligatoire pour tous les élèves concernés sur le campus de Palaiseau.
À l’X, l’IA quitte le seul registre de la spécialisation. Elle devient une compétence attendue d’un ingénieur généraliste, avant même le choix d’un parcours de troisième année. L’objectif n’est pas seulement de savoir utiliser des outils, mais de comprendre ce qu’un modèle peut faire, ce qu’il ne sait pas faire, et comment il transforme une discipline.
C’est ce placement en deuxième année qui rend la décision lisible. Cette année du cycle ingénieur est déjà un moment de bascule: les élèves suivent plusieurs disciplines, choisissent un module appliqué en laboratoire et préparent un stage de trois mois. L’IA arrive donc juste avant la spécialisation, au moment où la formation commence à relier les bases scientifiques à des usages plus concrets.
Polytechnique annonce que les dix départements d’enseignement seront mobilisés. Le cours doit aborder des applications en biologie, avec la découverte de médicaments et la bio-imagerie; en chimie, avec l’optimisation de réactions; en physique, avec l’apprentissage de la mécanique quantique; en économie, avec la prévision macroéconomique; ou encore autour de l’adaptation au changement climatique.
Le message n’est donc pas: tous les élèves vont devenir informaticiens. Il est plus précis: un futur ingénieur en chimie, en économie, en physique ou en climat devra savoir comment l’IA intervient dans son propre domaine. À l’échelle d’une promotion, cela représente plusieurs centaines d’élèves formés chaque année à Palaiseau, avant leur départ vers la recherche, l’industrie, l’administration ou les grands secteurs techniques.
La décision s’inscrit dans une pression plus large sur l’enseignement supérieur. Les rapports remis en 2025 au ministère de l’Enseignement supérieur appelaient notamment à intégrer l’IA dans les disciplines, à former les enseignants et à repenser l’évaluation des compétences. Autour de Polytechnique, le plateau de Saclay dispose déjà d’un écosystème dense, avec le DataIA-Cluster de l’Université Paris-Saclay, qui réunit plus de 800 chercheurs issus de 47 laboratoires. Mais la nouveauté, ici, n’est pas d’ajouter un laboratoire ou un master spécialisé. C’est de faire entrer cette culture dans la formation commune.
Cette nuance évite l’effet vitrine. Un cours d’IA obligatoire serait pauvre s’il se limitait à apprendre aux élèves à mieux interroger une machine. L’enjeu est plus solide: donner aux futurs ingénieurs assez de compréhension pour utiliser ces modèles sans leur déléguer le raisonnement.
Après avoir structuré sa filière IA, Polytechnique franchit donc une autre étape: l’IA n’est plus seulement une voie à choisir à Saclay. Elle entre dans les bases du métier. Même un très bon ingénieur gardera le droit de se méfier d’un modèle mal entraîné; il aura simplement moins d’excuses pour prétendre ne pas savoir comment il fonctionne.