Article

À Palaiseau, l’éthylotest au doigt vise les flottes et les communes

EthyloKey estime l’alcoolémie par contact avec la peau. À Palaiseau, Ethylowheel cherche aussi sa place dans les flottes et la prévention municipale.

Boîtier posé près de clés

Dans une voiture personnelle, un éthylotest sert à trancher un doute. Dans une flotte d’entreprise ou un véhicule municipal, le même geste pose une autre question: comment installer la prévention sans donner l’impression qu’un voyant remplace la règle?

C’est cette zone qu’Ethylowheel commence à explorer depuis Palaiseau. La start-up développe EthyloKey, un petit boîtier proche d’un porte-clés qui estime l’alcoolémie par contact avec la peau. L’utilisateur ne souffle pas. Il pose le doigt sur une cavité; des capteurs lisent l’humidité, la température et des gaz liés à l’alcool qui passe par la peau. En vingt secondes, le résultat apparaît en trois couleurs: vert sous 0,2 g/l, orange entre 0,2 et 0,5 g/l, rouge au-dessus.

Selon l’Université Paris-Saclay, le lancement de janvier 2026 a dépassé les 2 000 précommandes dans 65 pays. Le chiffre le plus révélateur est ailleurs: 30 % de la clientèle annoncée viendrait d’entreprises disposant de flottes de véhicules ou de communes souhaitant intégrer l’objet à leur politique de prévention. La ville de Puteaux figure parmi les premières collectivités à avoir passé commande.

Le boîtier change alors de décor. Il n’est plus seulement dans une boîte à gants après un dîner. Il peut se retrouver près des clés d’un utilitaire, dans une base de véhicules partagés, au départ d’une tournée ou avant un trajet de service. L’intérêt est évident: rendre le test assez simple pour être fait au bon moment. La difficulté l’est tout autant: écrire une consigne claire, éviter le faux sentiment de sécurité, rappeler que la décision reste humaine.

La limite doit rester visible. EthyloKey n’est pas un test légal certifié. Le site du produit le précise lui-même: il s’agit d’un dispositif électronique de prévention qui donne une indication personnelle, la décision finale et la responsabilité restant à l’utilisateur. Moins vendeur qu’une promesse de révolution, mais plus clair pour un usage réel.

L’ancrage essonnien compte parce que l’objet vient d’un parcours typique de Paris-Saclay: une invention technique qui cherche maintenant son usage. Ethylowheel s’est construite autour de Jaime Alonso, formé à l’Institut d’Optique, et de Julie Bruguière, passée par l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. La société a été créée en 2022, accompagnée par IncubAlliance Paris-Saclay, puis soutenue par un partenariat de 435 000 euros avec la Délégation à la Sécurité routière pour financer la recherche et le développement. Les premières livraisons sont annoncées pour octobre 2026, après une phase d’industrialisation.

Un boîtier au bout du doigt ne fera pas disparaître l’alcool au volant. Mais s’il trouve sa place là où les clés circulent, dans les flottes, les véhicules partagés ou les usages municipaux, il peut devenir autre chose qu’un objet malin: un petit frein posé avant le démarrage.