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À Paris-Saclay, la piste d’Orsay contre le polluant éternel qui passe trop bien dans l’eau

À Orsay, des chercheurs explorent une piste contre le TFA, un polluant éternel très mobile encore difficile à traiter dans l’eau.

Polluant invisible dans un verre d’eau

Dans un verre d’eau, le TFA ne se voit pas. Il circule trop bien, se dilue trop facilement et se laisse difficilement retenir. C’est l’un des plus coriaces de la famille des PFAS, ces substances que l’on appelle polluants éternels parce qu’elles persistent longtemps dans l’environnement.

À Orsay, des chercheurs de l’Institut de chimie physique, unité de l’Université Paris-Saclay et du CNRS, participent à une piste pour s’attaquer à cette molécule. Leur étude, publiée dans Nature Water avec une équipe franco-chinoise, ne vise pas seulement à capturer le TFA. Elle cherche à le minéraliser, c’est-à-dire à casser la molécule pour la transformer en composés plus simples, à température ambiante et sans ajout de catalyseur.

La nuance compte beaucoup. Capturer un polluant, ce n’est pas le faire disparaître: il faut ensuite gérer ce qui l’a retenu. Détruire la molécule elle-même est une autre affaire, surtout quand elle doit sa résistance à une liaison carbone-fluor particulièrement stable.

Il ne faut pas vendre cette recherche comme une solution prête à équiper les stations de traitement d’eau. Le résultat reste une avancée de laboratoire. Il faudra encore répondre aux questions d’échelle, de coût, d’énergie, de sécurité et d’intégration dans des installations réelles.

Mais le sujet arrive au bon moment. Depuis janvier 2026, les PFAS sont intégrés au contrôle sanitaire de l’eau potable. En Île-de-France, l’Agence régionale de santé avait déjà anticipé cette obligation avec plus de 1 200 analyses réalisées en 2024 sur 395 installations. À l’échelle nationale, la campagne Anses-DGS a montré que le TFA était retrouvé dans une très grande part des échantillons analysés.

Pour l’Essonne, l’intérêt n’est donc pas seulement scientifique. L’un des laboratoires du territoire travaille sur une molécule que les réseaux d’eau, les autorités sanitaires et les collectivités doivent apprendre à surveiller, puis peut-être un jour à traiter autrement.

Pour l’instant, la piste reste davantage sur la paillasse qu’en station d’eau potable. Mais à Orsay, on commence au moins à tirer sur le bon fil: celui d’une molécule qui, jusque-là, avait surtout l’art de filer entre les doigts.