La prochaine opération de désartificialisation en Essonne ne ressemblera pas forcément à un grand chantier. Elle peut commencer par une cour trop minérale, un parking, une friche, une bande de terrain public ou une parcelle à remettre en pleine terre.
Le Conseil départemental vient de lancer un accord-cadre consacré à la compensation environnementale et à la désartificialisation. Le marché peut atteindre 4 millions d’euros hors taxes, sur une durée allant jusqu’à quatre ans. Les offres sont attendues jusqu’au 25 juin 2026, pour un démarrage prévu le 15 octobre.
Le découpage du marché parle bien du département. Un premier lot, estimé à 2 millions d’euros, porte sur les zones urbaines: sobriété foncière, restauration des sols, cartographie, écologie urbaine. Un second lot, du même montant, vise les zones périurbaines et rurales, avec les espaces naturels, agricoles et forestiers.
Autrement dit, l’Essonne ne cherche pas seulement une étude. Elle se donne un outil pour savoir où agir, selon quel ordre de priorité et avec quelles contraintes. Les sols à traiter ne sont pas les mêmes dans les secteurs urbains déjà très minéralisés, près des zones d’activité ou des grands axes, que dans les lisières agricoles, les vallées ou les espaces naturels à préserver.
La pression est connue. Le Département indique que 25 % de la surface essonnienne est déjà artificialisée et que 140 hectares de sols le sont encore chaque année. Il affiche aussi une stratégie de zéro artificialisation nette, avec 3 à 5 hectares renaturés par an au titre des espaces naturels sensibles et une réserve foncière de 101 hectares pour la compensation environnementale et la renaturation volontaire.
Le contexte national explique pourquoi ce type de marché apparaît maintenant. La France vise le zéro artificialisation nette en 2050, avec une première étape de réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers entre 2021 et 2031. Pour un département comme l’Essonne, cela transforme les projets publics en exercices plus serrés: construire quand il le faut, éviter de consommer du sol quand c’est possible, compenser seulement lorsque l’impact n’a pas pu être évité.
Cette hiérarchie change la lecture du marché. L’Institut Paris Region, qui a travaillé sur la territorialisation du ZAN en Essonne, rappelle que la compensation arrive après l’évitement et la réduction. Une parcelle renaturée ne gomme pas automatiquement une artificialisation ailleurs. Elle peut améliorer l’infiltration de l’eau, créer de la fraîcheur, renforcer la biodiversité ou rendre un espace moins hostile, mais elle ne rend pas le territoire illimité.
L’accord-cadre servira donc à une chose très concrète: préparer les arbitrages avant qu’ils ne deviennent invisibles. Quelles surfaces sont encore mobilisables? Quels sites valent mieux qu’un simple affichage vert? Où la désartificialisation apporte-t-elle un vrai gain pour les habitants, les sols et les projets publics?
La décision se préparera peut-être dans des documents très sages: cartes, diagnostics, fiches de sites, critères de choix. Rien de très romanesque, sauf pour les sols. Les sols, eux, sauront assez vite si la carte sert vraiment.