
À Caen, le Centre François Baclesse propose désormais à certaines patientes atteintes d’un cancer du sein une mastectomie endoscopique. Le chirurgien retire toute la glande mammaire à travers une incision latérale de 4 à 5 cm, à l’aide d’une caméra et d’instruments fins. La peau, l’aréole et le mamelon sont conservés, puis le sein est reconstruit immédiatement avec une prothèse.
La technique change la voie d’accès, pas l’étendue de l’ablation : contrairement à une tumorectomie, qui retire seulement la tumeur et une marge de tissu, la mastectomie enlève toute la glande mammaire. À Baclesse, cette approche était initialement utilisée pour des interventions prophylactiques, destinées aux femmes présentant une prédisposition génétique au cancer du sein. Son ouverture à certaines patientes déjà atteintes d’un cancer constitue la nouveauté annoncée le 28 octobre.
Les indications dépendent notamment des caractéristiques de la tumeur et de la morphologie du sein. Le centre ne détaille pas les critères précis de sélection. L’intervention exige une dissection minutieuse sous contrôle vidéo.
Depuis juillet 2025, le centre a réalisé 18 interventions : quatre en 2025 et quatorze jusqu’au 9 octobre 2026. Il ne précise pas combien relevaient de la prévention et combien du traitement d’un cancer. En 2025, il a réalisé 1 205 actes de chirurgie mammaire pour cancer, dont 350 mastectomies totales.
À Montpellier, l’équipe du Dr Gauthier Rathat développe cette approche depuis 2018. Le CHU annonçait sa centième intervention en novembre 2025. Baclesse travaille avec cette équipe dans le cadre d’un registre commun. D’autres établissements français, notamment à Paris et à Lyon, ont également commencé à proposer cette technique à des patientes sélectionnées en 2026.
Une méta-analyse publiée en 2025 a regroupé 36 études portant sur 2 612 patientes. Dans les dix études comparatives, qui n’étaient pas randomisées, elle ne relève pas de différence statistiquement significative sur les résultats oncologiques et rapporte une meilleure satisfaction esthétique. Les opérations endoscopiques duraient en moyenne 43 minutes de plus que les interventions conventionnelles. La méta-analyse était financée par Applied Medical ; deux de ses auteurs étaient employés par l’entreprise et un troisième en était consultant.
Une étude rétrospective publiée en juillet 2026 a comparé, dans trois hôpitaux de Shanghai, 136 patientes opérées par endoscopie à 408 patientes ayant subi une mastectomie conventionnelle et présentant des caractéristiques comparables. Avec un suivi médian de 22 mois, les chercheurs n’ont pas observé de différence statistiquement significative sur les indicateurs de récidive et de survie. Ce résultat ne démontre pas une équivalence oncologique à long terme.
À Caen, Baclesse prépare une étude comparative qui mesurera les résultats chirurgicaux et oncologiques, la douleur, les complications, les reprises opératoires, la satisfaction des patientes et le coût. L’intervention demande davantage de temps au bloc et du matériel spécifique. Le surcoût lié à cette technique ne bénéficie pas d’une prise en charge spécifique par l’Assurance maladie, et son montant n’est pas communiqué. L’étude devra mesurer si le bénéfice esthétique justifie ces moyens supplémentaires au regard des résultats oncologiques et des suites opératoires.
Sources consultées
- Centre François BaclesseCancer du sein : Baclesse propose et évalue une nouvelle approche mini-invasive de la mastectomie
- CHU de Montpellier100e mastectomie endoscopique mini-invasive au CHU de Montpellier
- Groupe hospitalier Diaconesses Croix Saint-SimonUne première mastectomie par voie endoscopique réalisée par les chirurgiens du Centre du Sein de l’Est Parisien
- Centre Léon BérardInnovations chirurgicales : première mastectomie bilatérale sous endoscopie au Centre Léon Bérard
- Ayla Carroll et al., BJS OpenOncological, surgical, and cosmetic outcomes of endoscopic versus conventional nipple-sparing mastectomy: meta-analysis
- Li Zhu et al., World Journal of Surgical OncologyOncological outcome of endoscopic nipple-sparing mastectomy versus conventional open mastectomy in early breast cancer: a multicenter cohort study