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Le dinosaure de Conteville aux enchères : le musée l'exposait sans le posséder

Le seul Dubreuillosaurus connu sera vendu le 18 novembre. L'État peut préempter ce fossile découvert dans le Calvados, à condition d'en financer l'achat.

Illustration - Squelette de dinosaure aux enchères

En 1994, à Conteville, près de Caen, André Dubreuil découvre des dents fossilisées sur son terrain. Trente-deux ans plus tard, le dinosaure auquel elles appartenaient s’apprête à passer aux enchères. Le 18 novembre 2026, la maison Millon proposera à l’hôtel Drouot, à Paris, le seul spécimen connu de Dubreuillosaurus valesdunensis, estimé entre 250 000 et 350 000 euros.

Pendant des années, ce fossile exceptionnel a été étudié par des chercheurs publics et exposé au Paléospace de Villers-sur-Mer. Pourtant, il n’a jamais appartenu au musée. Son propriétaire pouvait donc le reprendre, et l’État doit aujourd’hui envisager de payer pour le conserver dans une collection publique.

Un dinosaure découvert par un passionné normand

André Dubreuil, alors maire de Conteville et amateur de géologie, remarque à l’automne 1994 d’étranges formes dans le calcaire de Caen. Le paléontologue Michel Rioult, de l’université de Caen, confirme qu’il s’agit de dents d’un dinosaure carnivore.

La découverte entraîne plusieurs campagnes de fouilles, puis un immense travail de préparation au Muséum national d’Histoire naturelle. Des centaines d’heures sont consacrées à dégager et étudier les ossements.

En 2002, Ronan Allain décrit une nouvelle espèce. Trois ans plus tard, il lui attribue son propre genre, Dubreuillosaurus, en hommage au découvreur.

L’animal vivait il y a environ 167 millions d’années, lorsque le Calvados actuel bordait une mer chaude. Ce jeune carnivore mesurait quelque cinq mètres. Son crâne est conservé à 70 %.

Surtout, le squelette constitue un « holotype » : le spécimen de référence sur lequel repose la description scientifique d’une espèce. Toute découverte future susceptible d’appartenir à Dubreuillosaurus pourra être comparée à ses ossements.

Trente ans de collaboration, sans transfert de propriété

Après les recherches, le fossile est présenté au Paléospace de Villers-sur-Mer. Mais le musée distingue les collections qui lui appartiennent de celles qui lui sont confiées. Sur son site, la collection Dubreuil figure parmi les dépôts, et non les dons ou les acquisitions.

Les collections publiques des musées de France sont en principe inaliénables : elles ne peuvent pas être librement revendues. Un dépôt demeure la propriété de son détenteur.

À la mort d’André Dubreuil, fin 2024, ses héritiers ont donc pu récupérer le fossile et décider de le vendre.

Le 22 octobre, le Centre de recherche en paléontologie de Paris (CR2P), laboratoire associant notamment le Muséum et le CNRS, a dénoncé cette situation. Il réclame que le squelette demeure dans une collection publique accessible aux chercheurs.

Une pétition demandant la suspension de la vente, lancée le 18 octobre par Mattéo Gagnaire, étudiant en paléontologie, accompagne cette mobilisation.

L’État peut encore acheter le fossile en priorité

Les articles L123-1 et R123-2 du Code du patrimoine permettent à l’État d’exercer un droit de préemption lors de ventes publiques de biens présentant un intérêt paléontologique.

Si un acquéreur remporte les enchères, l’État peut se substituer à lui au prix d’adjudication. Ce droit peut également être exercé pour le compte d’une collectivité ou de certaines institutions patrimoniales.

Mais la préemption n’est pas une confiscation. Il faut financer l’achat, au prix finalement atteint et avec les frais applicables.

Pour un musée de France souhaitant bénéficier de cette procédure, le dossier doit parvenir au ministère de la Culture au plus tard huit jours avant la vente, soit le 10 novembre. Il doit notamment préciser le budget prévu. Si elle est autorisée, la préemption est déclarée le jour de l’adjudication, puis doit être confirmée dans les quinze jours.

Plusieurs centaines de milliers d’euros doivent donc pouvoir être mobilisés pour un seul fossile. Aucune acquisition publique financée n’a encore été annoncée.

Préserver un fossile ne signifie pas seulement empêcher son départ

La France dispose d’un autre instrument : le contrôle des exportations. Le catalogue Millon précise que l’acquéreur devra obtenir les autorisations du ministère de la Culture pour sortir le spécimen du territoire.

Un refus pourrait empêcher son départ à l’étranger. Il ne garantirait cependant pas son accès aux chercheurs.

Car un propriétaire privé peut parfaitement laisser étudier ou exposer son fossile. La collaboration avec André Dubreuil l’a démontré pendant trois décennies. Mais cette possibilité dépend des accords conclus et de leur pérennité.

Une acquisition publique offrirait une protection plus durable, sans être la seule issue possible. Un engagement contractuel du futur propriétaire pourrait également maintenir l’accès scientifique.

Le 18 novembre, une éventuelle préemption ou les engagements de l’acheteur détermineront si le dinosaure de Conteville restera accessible aux chercheurs, et s’il pourra un jour revenir au Paléospace de Villers-sur-Mer.

Sources consultées
  1. Interencheres / Maison MillonLot 203, Dinosaure Dubreuillosaurus valesdunensis
  2. Centre de recherche en paléontologie de Paris (CR2P)Sous le marteau : la France s'apprête à vendre son dinosaure
  3. Paléospace de Villers-sur-MerLes collections
  4. LégifranceCode du patrimoine, article L123-1
  5. Ministère de la CultureFoire aux questions pour les professionnels des musées de France
  6. Change.org, Mattéo GagnaireBoycott de la vente de Dubreuillosaurus valesdunensis français