
Selon les annonces faites jeudi 8 octobre au soir, plusieurs lycées de Caen devaient rester fermés vendredi après une journée marquée par des intrusions, des dégradations et des évacuations. Trois lycées ont dû être évacués, un enseignant a été blessé et douze personnes ont été interpellées. Les incidents ont notamment touché les sites Dumont-d’Urville-Laplace, à Caen, et Salvador-Allende, à Hérouville-Saint-Clair.
Les lycées Malherbe et Victor-Hugo ont annoncé une fermeture jusqu’à la mi-octobre, avec des enseignements à distance, selon Ouest-France. À Dumont-d’Urville-Laplace, une fermeture « jusqu’à lundi » a été annoncée, sans confirmation d’une reprise dès le 12 octobre. La date de retour en classe à Salvador-Allende n’est pas confirmée. Aucun point officiel consolidé, établissement par établissement, n’a pu être vérifié pour ce vendredi matin.
Les violences ont ainsi aggravé les perturbations d’une mobilisation commencée le 1er octobre : des élèves qui réclament davantage de professeurs, des emplois du temps moins chargés et de meilleures conditions d’apprentissage se retrouvent privés de cours en présentiel, parfois indépendamment de leur participation au mouvement.
Des bâtiments scolaires forcés, des élèves mis à l’abri
Jeudi matin, des poubelles et des palettes ont été incendiées devant les entrées des sites Dumont-d’Urville et Laplace, rue de la Délivrande et rue de la Visée. Vers 9 heures, plusieurs dizaines d’individus, dont certains cagoulés, ont pénétré dans les locaux.
Sur le site Laplace, le bâtiment d’accueil a été saccagé et un logement de fonction dégradé. Les personnels ont déclenché le plan particulier de mise en sûreté (PPMS), qui prévoit notamment le confinement ou l’évacuation des élèves face à une intrusion violente. Les élèves ont d’abord été mis à l’abri, puis évacués après l’intervention des forces de l’ordre. Les familles ont été prévenues par SMS.
Un enseignant a été blessé par un jet de pierre, selon le préfet du Calvados, David Clavière.
À Hérouville-Saint-Clair, une trentaine d’individus cagoulés ont fait irruption au lycée Salvador-Allende vers 11 h 45. L’accueil et l’infirmerie, où se trouve également le bureau de l’assistante sociale, ont été dégradés. Plusieurs dizaines d’élèves présents dans les bâtiments ont été confinés avant de pouvoir sortir.
Une supérette proche du lycée Laplace a également été pillée.
Les douze interpellations rapportées jeudi concernent cette journée. Un bilan communiqué par la préfecture à ICI Normandie vers 17 heures recensait, lui, 32 interpellations depuis le début du mouvement le 1er octobre, essentiellement parmi des mineurs, ainsi que neuf policiers blessés sur cette période. Ces chiffres cumulatifs ne doivent pas être confondus avec le bilan du 8 octobre.
La manifestation et les intrusions, deux réalités distinctes
Pendant que ces incidents se produisaient autour des établissements, plusieurs milliers de lycéens, d’étudiants et d’enseignants défilaient dans les rues de Caen. Selon Ouest-France, cette manifestation s’est déroulée sans incident majeur.
Des lycéens mobilisés ont dénoncé auprès de France 3 Normandie les violences commises en marge du mouvement, les attribuant à des personnes extérieures. L’identité et les responsabilités précises des auteurs présumés restent à établir. Les interpellations ne permettent pas, à elles seules, de désigner les responsables des différentes intrusions.
La mobilisation locale s’inscrit dans une contestation nationale des conditions d’études. À Caen, les revendications exprimées depuis début octobre portent notamment sur les professeurs absents et non remplacés, les effectifs, les journées trop longues et la pression de Parcoursup.
Le mouvement a déjà fortement perturbé les transports et les campus universitaires, notamment lors de la mobilisation du 6 octobre.
Les dégradations de jeudi ont ajouté aux revendications scolaires la nécessité de sécuriser les établissements et leurs personnels. Les bâtiments endommagés devront être remis en état avant de retrouver un fonctionnement normal. Aucun montant consolidé des dégâts n’a été communiqué.
Même les cours à distance sont perturbés
La fermeture des grilles ne garantit pas la poursuite des enseignements.
Au lycée Malherbe, des cours organisés en visioconférence sont perturbés depuis le lundi 5 octobre, avant les intrusions de jeudi. Selon ICI Normandie, des participants se connectent aux séances sous des noms anonymes, diffusent de la musique ou crient dans leur microphone pour empêcher les enseignants de poursuivre leurs cours. La direction parle d’intrusions dans les salles virtuelles.
Ces perturbations montrent une autre difficulté de la mobilisation. Même lorsque les enseignants proposent des cours à distance pour contourner les blocages, certaines séances deviennent impossibles à suivre. Les élèves qui souhaitent continuer à travailler ne peuvent pas toujours le faire.
Après les violences de jeudi, la reprise des cours en présentiel suppose aussi de remettre les locaux en état et de garantir la sécurité des personnels et des élèves.
À Dumont-d’Urville-Laplace, une cellule d’écoute a été annoncée pour les élèves et personnels qui le souhaitent.
Deux échéances pour la semaine prochaine
Le préfet avait renforcé dès mercredi 7 octobre les mesures de sécurité autour des lycées de Caen, Hérouville-Saint-Clair et Mondeville. Jusqu’au vendredi 9 octobre inclus, les restrictions préfectorales sur le transport d’armes, de produits inflammables et d’articles pyrotechniques s’appliquent notamment dans un rayon de 300 mètres autour des établissements désignés.
Une nouvelle manifestation est annoncée mardi 13 octobre à 14 heures au Phénix de l’université de Caen, selon le SNES-FSU Normandie.
La situation scolaire pourrait donc rester perturbée au début de la semaine prochaine. Pour les familles, les informations transmises directement par les établissements, notamment par l’ENT et Pronote, restent indispensables : les dates de fermeture et les modalités de cours diffèrent selon les lycées.
Dès lundi 12 octobre, les directions devront préciser quels établissements peuvent accueillir de nouveau leurs élèves et lesquels poursuivront les cours à distance. À Caen et Hérouville-Saint-Clair, la reprise dépendra autant de l’état des bâtiments que de la sécurité retrouvée autour des lycées.
Sources consultées
- Ouest-FranceBlocus des lycées à Caen : des heurts et intrusions ont eu lieu ce jeudi, du distanciel annoncé pour deux établissements
- Ouest-FranceBlocus des lycées à Caen : une douzaine d’interpellations ont eu lieu sur cette journée d’acte IV
- France 3 NormandieIncendies et vandalisme en marge du mouvement lycéen : une dizaine d'interpellations à Caen
- ICI NormandieUne trentaine d'individus cagoulés entrent au lycée Allende d'Hérouville-Saint-Clair : des dégâts, les élèves confinés
- ICI NormandieDes intrusions en salle virtuelle, les cours à distance perturbés au lycée Malherbe de Caen
- Préfet du CalvadosMouvement lycéen : mesures de sécurité du 7 octobre 2026